La polémique Sonko : qui sont vraiment les joueurs de l’équipe de France ?
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À quelques heures du choc France–Sénégal en Coupe du monde, une déclaration d’Ousmane Sonko a rallumé une vieille controverse identitaire. Sa phrase « quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui battra l’Afrique » a provoqué des réactions contrastées. Pour certains, il s’agit d’une simple formule panafricaniste. Mais elle véhicule une idée contestable : celle de réduire les joueurs noirs de l’équipe de France à leurs origines africaines plutôt qu’à leur nationalité française.

Un discours qui divise

Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise a ravivé un débat que l’on croyait cantonné aux marges des discours identitaires. Pourtant, cette rhétorique a une longue histoire. En 1996 déjà, Jean-Marie Le Pen s’en prenait aux Bleus, dénonçant une sélection composée de « joueurs étrangers naturalisés » et reprochant à certains de ne pas chanter La Marseillaise. À l’époque, Aimé Jacquet, Didier Deschamps et le premier ministre Alain Juppé avaient fermement répondu. Mais l’idée a traversé les décennies. Éric Zemmour, condamné pour provocation à la haine, a régulièrement remis en cause la composition de l’équipe. Après les finales de 2018 et 2022, des supporters argentins ont multiplié les chants affirmant que les Bleus étaient une équipe africaine. C’est exactement la même logique que reprend aujourd’hui Ousmane Sonko, sous un vernis panafricaniste.

Des joueurs français avant tout

L’équipe de France alignée pour cette Coupe du monde est composée de citoyens français. La plupart sont nés dans l’Hexagone : Kylian Mbappé à Paris, Ousmane Dembélé à Vernon, Aurélien Tchouaméni à Rouen, William Saliba à Bondy, Dayot Upamecano à Évreux, Ibrahima Konaté à Paris, Rayan Cherki à Lyon, Bradley Barcola à Villeurbanne, Désiré Doué à Angers et Warren Zaïre-Emery à Montreuil. Ils ont grandi en France, fréquenté les écoles françaises, été formés dans des clubs français avant d’intégrer les sélections de jeunes puis l’équipe nationale. Ce sont des produits du système sportif français. Les outre-mer, comme la Guadeloupe (Jocelyn Angloma) ou La Réunion (Dimitri Payet), contribuent aussi à cette histoire. Ces territoires sont la France, et leurs enfants sont français au même titre que ceux de Paris ou Marseille. Dire qu’une victoire des Bleus serait une victoire africaine revient à nier leur nationalité au profit des origines de leurs parents ou grands-parents.

Un parallèle troublant

Si Didier Deschamps annonçait demain qu’il souhaitait sélectionner davantage de joueurs blancs pour mieux représenter une certaine France, les réactions seraient immédiates et indignées. Ousmane Sonko lui-même dénoncerait à juste titre une sélection ethnique. Alors pourquoi accepter le raisonnement inverse ? Le football ne choisit pas ses joueurs sur leur couleur de peau. Kylian Mbappé n’est pas retenu parce qu’il est noir, mais parce qu’il compte parmi les meilleurs footballeurs de sa génération. La France n’a jamais demandé à ses internationaux de choisir entre leurs racines et leur nationalité. Elle leur a demandé de représenter leur pays.

Ousmane Sonko n’est ni Jean-Marie Le Pen ni Éric Zemmour. Mais en reprenant cette formule, il reprend malgré lui un raisonnement qui définit des joueurs français par leur origine plutôt que par leur nationalité. Pour un ancien premier ministre et président de l’Assemblée nationale du Sénégal, le propos n’est pas anodin. Car à force de vouloir célébrer l’Afrique partout, on finit par nier ce que sont réellement les individus : dans ce cas, des Français qui jouent pour la France.

Et la victoire de 2002 ?

Une dernière question mérite d’être posée. En 2002, lorsque le Sénégal a battu la France en Coupe du monde, vingt des vingt-trois Lions de la Teranga évoluaient dans des clubs français, plusieurs étaient nés en France, et l’équipe était dirigée par un entraîneur français, Bruno Metsu. Si l’on suit la logique d’Ousmane Sonko, cette victoire sénégalaise serait-elle aussi une victoire française ? Évidemment non. Parce que ces joueurs représentaient le Sénégal. Exactement comme les Bleus représentent aujourd’hui la France. C’est peut-être là que se trouve la principale limite de la formule du président de l’Assemblée nationale sénégalaise.