La Côte d’Ivoire instaure une taxe carbone pour accélérer sa transition énergétique
La Côte d’Ivoire franchit une étape décisive dans sa politique environnementale. Le gouvernement a levé le voile sur une stratégie nationale de taxation du carbone, un levier conçu pour transformer en profondeur le modèle énergétique du pays. Cette initiative poursuit une double ambition : freiner la dépendance aux énergies fossiles en ajustant leur coût et mobiliser des ressources financières pour soutenir la justice sociale et la transition écologique.
Depuis 2011, l’économie ivoirienne affiche une santé robuste. Toutefois, cette dynamique s’est accompagnée d’une hausse des émissions de gaz à effet de serre, qui ont grimpé de 9 à 18,8 millions de tonnes entre 2011 et 2024. Adama Coulibaly, ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, souligne que cette progression résulte du développement industriel, de l’essor des transports et des activités agricoles intensives.
Découpler croissance économique et empreinte carbone
Malgré cette augmentation globale, l’intensité carbone de la Côte d’Ivoire est en net recul. Alors que le PIB a bondi de 35 à près de 87 milliards de dollars sur la même période, les émissions par habitant restent exemplaires à l’échelle mondiale, s’établissant à seulement 0,65 tonne par an. À titre de comparaison, ce chiffre est bien inférieur aux moyennes observées en Europe ou en Asie.
Cependant, l’urgence climatique impose d’agir. Les perturbations pluviométriques et la hausse des températures menacent directement l’agriculture, pilier vital qui occupe près de la moitié de la population ivoirienne. Pour y faire face, le pays vise une réduction de 33 % de son empreinte carbone d’ici 2035 par ses propres moyens, un objectif qui pourrait atteindre 74 % avec l’appui de la communauté internationale.
Un déploiement progressif de la fiscalité carbone
La mise en place de cette taxe carbone s’étalera sur plusieurs phases clés. La période 2026-2027 sera consacrée à l’élaboration du cadre juridique et technique. Dès 2028, un taux modéré entrera en vigueur, avant une montée en puissance progressive prévue jusqu’en 2035. Ce dispositif ciblera prioritairement les combustibles fossiles, tout en épargnant le gaz butane pour protéger les usages domestiques.
L’objectif chiffré est clair : avec un tarif estimé à 50 euros par tonne de CO2, le gouvernement espère réduire les émissions nationales de 1,2 million de tonnes, soit une baisse de 6 % par rapport aux niveaux de 2024. Si des impacts sur le prix des carburants sont anticipés à court terme, l’État mise sur une redistribution stratégique des recettes pour compenser ces effets.
Financer l’équité sociale et la mobilité verte
Les fonds collectés serviront de moteur à une croissance plus inclusive. La priorité sera donnée à l’électrification rurale et à la promotion d’alternatives au charbon de bois, notamment par le subventionnement de cuisinières électriques et à gaz. Parallèlement, la Côte d’Ivoire entend stimuler la mobilité durable en offrant des avantages fiscaux pour l’achat de véhicules électriques et en développant un réseau de bornes de recharge.
Enfin, une attention particulière est portée aux populations les plus vulnérables. Une fraction des revenus de la taxe sera directement allouée aux ménages modestes et au financement de programmes de reconversion professionnelle vers des emplois verts. Cette réforme s’intègre pleinement dans le Plan national de développement, visant à harmoniser prospérité économique, protection de l’environnement et progrès social.