Politique

Guinée : coup de massue contre l’orpaillage illégal — 22 officiels exclus en urgence

En un coup de théâtre administratif, le président Mamadi Doumbouya frappe fort : 22 responsables territoriaux et sécuritaires, accusés de complicité dans l’orpaillage clandestin et la dégradation environnementale, sont radiés en urgence des effectifs de l’État. Une décision historique qui marque un tournant radical dans la gestion des ressources minières guinéennes, alors que Conakry inaugure simultanément sa première raffinerie d’or.

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Des sanctions d’une ampleur inédite pour assainir le secteur aurifère

Le décret présidentiel, annoncé publiquement à la télévision nationale, cible des cadres administratifs et militaires agissant dans l’ombre des zones aurifères, notamment à Siguiri. Parmi eux, le préfet de cette région aurifère, le colonel Fayimba Mara, côtoie l’ancien préfet par intérim de Kintinian, le capitaine Mohamed Lamine Keita, ainsi que plusieurs sous-préfets et officiers des forces de sécurité.

Les griefs formulés à leur encontre sont accablants : exploitation illégale de l’or, orpaillage sauvage, pollution des sols et des cours d’eau. Ces pratiques, en plus de menacer les écosystèmes, privent l’État de ressources financières légitimes et perturbent la vie des populations locales.

Siguiri, épicentre des dérives et cible des sanctions

C’est dans cette région de Haute-Guinée, où l’orpaillage artisanal représente une manne économique majeure mais incontrôlée, que les atteintes à l’environnement sont les plus criantes. Les terres arables ravagées, les rivières polluées par le mercure et les déchets miniers, ainsi que la dégradation des zones halieutiques, ont poussé les autorités à agir.

Une liste de dirigeants impactés qui révèle l’ampleur du problème

Le décret présidentiel frappe des figures clés de l’administration territoriale et des forces de sécurité à Siguiri. Y figurent notamment :

  • Le lieutenant-colonel Pépé Doualamou, sous-préfet de Bankon,
  • Le commandant Fodé Isaac Camara, sous-préfet de Niagassola,
  • Naman Kourouma, sous-préfet de Kiniébakoura,
  • Abou Kanté, sous-préfet de Norassoba,
  • Richard Yaradouno, sous-préfet de Naboun.

Tous sont soupçonnés d’avoir fermé les yeux sur – voire d’avoir directement profité de – l’orpaillage clandestin, minant ainsi l’autorité de l’État et la santé des populations.

Une mobilisation interministérielle pour garantir l’application du décret

Pour que les sanctions ne restent pas lettre morte, leur suivi est confié à plusieurs ministères : Administration du territoire, Défense, Sécurité, Justice, Emploi, Modernisation de l’administration et bien d’autres. Une coordination qui souligne l’urgence de renforcer la surveillance minière et de lutter contre les réseaux criminels qui prospèrent sur l’exploitation illégale.

La question se pose désormais : ces mesures suffiront-elles à endiguer les flux d’orpaillage sauvage ? Ou faudra-t-il tablier sur une intensification des contrôles sur le terrain ?

Nimba Gold Refinery : l’autre pilier de la stratégie minière guinéenne

Deux jours avant le choc des radiations, le pays inaugurait sa première raffinerie d’or, la Nimba Gold Refinery, située à Conakry. Une infrastructure stratégique destinée à valoriser localement l’or brut plutôt que de l’exporter brut, comme c’est trop souvent le cas.

Cette réalisation s’inscrit dans le cadre du programme Simandou 2040, qui vise à transformer l’économie guinéenne en réduisant la dépendance aux matières premières brutes et en favorisant l’industrialisation. Objectif affiché : créer des emplois, diversifier les exportations et maximiser les retombées économiques pour les Guinéens.

Entre fermeté affichée et défis persistants

Cette double annonce – radiations massives et inauguration industrielle – révèle la volonté de l’État de concilier deux impératifs : assainir le secteur minier et en tirer une réelle valeur ajoutée.

Pourtant, le succès de cette politique dépendra de plusieurs facteurs clés :

  • La rigueur des contrôles sur les sites aurifères,
  • La transparence dans la commercialisation de l’or,
  • La protection des communautés locales exposées aux conséquences de l’exploitation illégale.

À Siguiri comme ailleurs en Guinée, la balle est désormais dans le camp des autorités : faire de l’or une richesse durable, sans sacrifier la nature ni les citoyens.

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