Force unifiée de l’AES : stratégies pour une sécurité renforcée au Sahel
Comment la force unifiée de l’AES pourrait-elle concrétiser ses ambitions en matière de sécurité ?
Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour deux journées de travaux afin d’évaluer les avancées de la Confédération des États du Sahel (AES), née en juillet 2024. L’objectif principal de ce sommet ? Examiner les progrès réalisés depuis la création de cette alliance inédite et tracer la voie pour les mois à venir. Parmi les points clés inscrits à l’ordre du jour : l’analyse des défis sécuritaires, diplomatiques et socio-économiques, ainsi que la désignation d’un nouveau président pour la confédération.
Selon les autorités maliennes, cette rencontre permettra de dresser un bilan précis de la feuille de route adoptée il y a un an. L’accent sera mis sur l’opérationnalisation des institutions de l’AES, tout en abordant les enjeux géopolitiques et les perspectives de développement pour les trois pays membres. Une année après sa création, l’alliance affiche des avancées notables, notamment en matière de coordination militaire et de mutualisation des ressources.
Mais comment la Force unifiée de l’AES (FU-AES), officiellement lancée le 20 décembre 2025, peut-elle contribuer à atteindre ces objectifs ambitieux ?
Qu’est-ce que la Force unifiée de l’AES ?
Face à une insécurité persistante et à la menace grandissante des groupes armés transfrontaliers, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de mutualiser leurs efforts militaires. La Force unifiée de l’AES représente une réponse stratégique à ces défis, avec une armée commune de 5 000 soldats issus des trois pays. Placée sous le commandement du général Daouda Traoré (Burkina Faso), cette force a pour mission de lutter contre les groupes djihadistes et de sécuriser les zones frontalières vulnérables.
Comme l’a souligné le général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, « la paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas ». Selon lui, cette initiative incarne une volonté irréversible des trois États de renforcer leur collaboration, fondée sur des valeurs de solidarité et de dignité communes à la région sahélienne.
Comment la force unifiée pourrait-elle atteindre ses objectifs ?
Pour transformer cette alliance militaire en un outil efficace, plusieurs leviers doivent être actionnés. D’abord, la coordination des opérations et le partage des renseignements entre les trois pays constituent des piliers essentiels. Les récentes opérations conjointes comme Yéréko I et Yéréko II ont déjà permis de neutraliser des chefs djihadistes et de démanteler des sanctuaires criminels, grâce à une meilleure synergie entre les armées.
Cependant, comme le souligne Fiacre Vidjenagninou, chercheur principal au Behanzin Institute (Cotonou) et expert associé à l’Egmont Institute (Bruxelles), la crédibilité de la FU-AES dépendra de sa capacité à produire des résultats concrets et durables sur le terrain. Selon lui, une simple démonstration de force ne suffit pas : « Une force peut gagner une bataille, mais sans une gouvernance minimale, elle ne gagne pas la stabilisation. »
Pour atteindre ses objectifs, la FU-AES doit adopter une approche méthodique et intégrée :
- Cibler les zones stratégiques : Concentrer les efforts militaires sur les régions où l’ennemi est le plus structuré, en évitant les opérations ponctuelles inefficaces.
- Renforcer le renseignement : Mettre en place un système de collecte, de fusion et d’analyse rapide des informations pour des frappes ciblées et opportunes.
- Assurer une présence durable : Contrôler les axes routiers, sécuriser les marchés et protéger les villages pour empêcher les groupes armés de revenir après les opérations.
- Impliquer les populations locales : La confiance des citoyens est cruciale. Sans justice locale, sans résolution des conflits fonciers ou communautaires, et sans protection contre les exactions, la violence continuera de se régénérer.
« Il faut une capacité de tenue », insiste l’expert. « Les groupes armés reviennent dès que les forces se retirent. La FU-AES doit non seulement frapper fort, mais aussi rester pour maintenir l’ordre. »
S’ouvrir progressivement pour une efficacité accrue
Si l’extension de la force unifiée à d’autres pays pourrait sembler stratégique, elle comporte des risques. Fiacre Vidjenagninou met en garde contre une dilution des efforts : « Plus on élargit une force, plus la coordination devient complexe, avec des intérêts et des doctrines divergents, parfois teintés de méfiance. »
L’approche recommandée par l’expert est progressive :
- Étape 1 : Valider l’efficacité à trois – Démontrer que la FU-AES fonctionne avec le Mali, le Burkina Faso et le Niger avant d’envisager une intégration plus large.
- Étape 2 : Coopérer avec les voisins – Établir des partenariats opérationnels ciblés, comme des opérations coordonnées sur des couloirs spécifiques ou des accords de poursuites transfrontalières.
- Étape 3 : Élargir avec confiance – Une fois la confiance consolidée, intégrer de nouveaux membres de manière formelle.
Cette stratégie permet d’éviter les pièges d’une alliance trop ambitieuse et de s’assurer que chaque étape renforce la crédibilité de la force unifiée. Comme le rappelle l’expert, « la crédibilité de la FU-AES se mesurera sur le terrain : dans la capacité à commander ensemble, à tenir les zones libérées, et à offrir des résultats tangibles aux populations. »
Les discussions lors du sommet de Bamako devraient également aborder des projets structurants pour l’AES, comme la création de la Télévision de l’AES (siège à Bamako), de la radio Daandè Liptako (basée à Ouagadougou), ainsi que la mise en place de la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.
Cette force unifiée représente un tournant politique majeur pour les trois pays, nés des coups d’État de 2020 (Mali), 2022 (Burkina Faso) et 2023 (Niger). Leur départ de la CEDEAO et la création de l’AES en septembre 2023 marquent une volonté de réinventer leur sécurité et leur développement, en dehors des cadres traditionnels africains.