Faso Mêbo : Transparence et soupçons autour d’une agence de la transition

Créée sous l’impulsion du capitaine Ibrahim Traoré, l’agence « Faso Mêbo » a été présentée par les autorités de la transition comme un emblème de la reconstruction nationale et du rétablissement de la souveraineté. Cependant, derrière le discours officiel valorisant le patriotisme et l’effort collectif, plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une opacité dans la gestion des fonds publics et des contributions citoyennes.

Une vitrine de travaux visibles

Les réalisations de Faso Mêbo sont effectivement tangibles : pavage de rues, réfection de caniveaux, aménagements urbains à Ouagadougou, Bobo-Dioulasso ou Koudougou. En impliquant la jeunesse, les étudiants et la diaspora, le gouvernement a construit un récit mobilisateur autour de la participation populaire. Mais pour certains analystes, cette visibilité pourrait masquer des problèmes plus profonds.

« Les chantiers à forte intensité de main-d’œuvre représentent des coûts modestes par rapport aux sommes annoncées pour l’effort national », confie un économiste burkinabè sous le couvert de l’anonymat. « L’accent mis sur les infrastructures visibles occulte souvent la question centrale : où va réellement l’argent collecté ? »

Des soupçons de mauvaise gestion

Les critiques se concentrent sur les mécanismes de contrôle. L’agence affiche une traçabilité de ses opérations, mais l’absence d’organes indépendants de vérification des ressources budgétaires et des dons populaires est déplorée. Des documents internes et des alertes évoquent des marchés attribués sans concurrence, des coûts excessifs pour certains matériaux et des lignes budgétaires floues. Ces irrégularités profiteraient, selon ces sources, à un cercle restreint de responsables civils et militaires.

Un climat qui freine la critique

Le silence des institutions de contrôle et d’une partie des médias locaux est souvent expliqué par le contexte politique actuel, marqué par une pression sur les voix dissidentes. Des journalistes, activistes ou magistrats ayant émis des réserves ont fait état d’intimidations ou de réquisitions vers les zones de combat. Des organisations de défense des droits humains signalent également des disparitions ou des atteintes aux libertés, créant un climat de peur qui entrave les enquêtes.

Entre patriotisme et exigence de transparence

Pour certains analystes, Faso Mêbo illustre ce qu’ils nomment un « populisme infrastructurel » : des réalisations concrètes qui renforcent l’adhésion populaire, mais qui suscitent des interrogations sur la gouvernance. L’engagement citoyen dans les projets communautaires est salué, mais plusieurs voix estiment que cet élan patriotique ne doit pas justifier l’absence de reddition des comptes. L’amélioration du cadre de vie ne saurait, selon elles, remplacer les exigences de transparence et de bonne gestion des deniers publics.