Expulsion d’une responsable onusienne au Burkina Faso après un rapport accablant

Le Burkina Faso expulse une responsable de l’ONU suite à la publication d’un rapport sur les violations des droits des enfants

La junte militaire au pouvoir au Burkina Faso a récemment expulsé la coordinatrice résidente des Nations Unies dans le pays, Carol Flore-Smereczniak, en la déclarant persona non grata. Cette décision intervient après la publication d’un rapport accablant de l’ONU mettant en lumière les violations graves des droits des enfants dans la région.

Carol Flore-Smereczniak devient ainsi la deuxième haute responsable onusienne expulsée par la junte burkinabè en trois ans. En 2022, Barbara Manzi avait également été déclarée persona non grata, illustrant une montée de l’intolérance envers les organismes de surveillance indépendants.

Un rapport onusien critiqué par la junte

Le porte-parole de la junte a accusé Carol Flore-Smereczniak d’avoir contribué à la rédaction du rapport d’avril 2025 de l’ONU, qui examine l’impact du conflit armé sur les mineurs au Burkina Faso. Les autorités burkinabè ont rejeté les conclusions de ce document, qui met en cause les forces gouvernementales, les milices alliées et les groupes armés islamistes.

Selon le rapport, 2 483 violations graves ont été recensées entre juillet 2002 et juin 2024, touchant 2 255 enfants. Parmi ces abus figurent meurtres, enlèvements et recrutement forcé par des groupes armés et les forces de sécurité. Les groupes islamistes seraient responsables de 65 % des violations, tandis que les autres cas impliquent les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) et l’armée régulière.

Des attaques contre les écoles en hausse

Le document souligne également une augmentation alarmante des attaques contre les établissements scolaires. De plus, il pointe du doigt la détention arbitraire d’enfants suspectés d’être liés à des groupes armés. Ces pratiques ont été largement documentées par des ONG comme Human Rights Watch, qui dénoncent depuis 2016 les exactions commises par toutes les parties au conflit.

Des tensions croissantes entre Ouagadougou et l’ONU

La junte burkinabè a multiplié les critiques envers l’ONU ces derniers mois. En mars 2025, le ministre des Affaires étrangères a dénoncé l’utilisation par l’ONU d’expressions jugées inappropriées, comme « groupes armés non étatiques » pour désigner les groupes terroristes ou encore le terme « milices » pour qualifier les VDP. En juillet, il a réclamé un recentrage des interventions onusiennes afin qu’elles s’alignent sur la vision politique du régime.

Depuis le coup d’État de 2022, les autorités militaires burkinabè mènent une répression systématique contre les médias, l’opposition et les dissidents. Plutôt que de nier les abus, la junte devrait collaborer avec l’ONU pour mettre en place un plan d’action concret en faveur des droits des enfants.