Espace civique au Sahel : le Burkina Faso sous le joug des juntes militaires

L’arrestation de l’imam Kindo : un symbole des tensions au Burkina Faso

Le Burkina Faso traverse une période trouble, marquée par des atteintes aux libertés fondamentales. Récemment, l’imam Mohamed Ishaq Kindo a été interpellé à son domicile par des forces de l’ordre encagoulées, à la veille de la Tabaski. Une arrestation qui survient dans un contexte de durcissement du régime militaire en place. L’imam Kindo, figure respectée de la communauté musulmane, était connu pour son esprit critique, notamment envers les décisions publiques, et son soutien initial au capitaine Ibrahim Traoré.

Selon un journaliste burkinabè en exil, Newton Ahmed Barry, l’imam Kindo se distinguait des autres leaders religieux par son approche : « Il incarnait une veille citoyenne, particulièrement sur les questions liées à la pratique religieuse. Membre des oulémas de la Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), il veillait au respect du dogme musulman. »

L’imam aurait notamment critiqué un projet de loi encadrant les pratiques religieuses, en particulier les prières en public, ce qui pourrait expliquer son interpellation.

Une répression qui s’étend aux milieux étudiants

La suspension de l’Union générale des étudiants du Burkina Faso (UGEB), principale centrale syndicale étudiante, pour une durée de trois mois renouvelables, confirme cette tendance à la restriction des libertés. Son président, Bazo Wilfried, et plusieurs membres ont été arrêtés sous des accusations graves : « apologie du terrorisme » et « démoralisation des forces de sécurité ». L’UGEB avait auparavant dénoncé une « guerre civile » et l’« incapacité manifeste » des autorités à assurer la sécurité du pays.

Mahamadou Idder Alghabid, secrétaire général adjoint de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS), analyse cette situation : « Accuser des étudiants désarmés d’apologie du terrorisme est absurde. Pourtant, c’est une tactique devenue courante au Sahel : toute voix discordante est muselée et étiquetée comme alliée des terroristes. »

Des méthodes qui rappellent les régimes voisins

Le Burkina Faso n’est pas le seul pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) à adopter ces pratiques répressives. Au Mali et au Niger, les défenseurs des droits humains observent une restriction progressive des libertés publiques : dissolution d’associations, pressions judiciaires et limitations de la liberté d’expression. Selon l’ADS, la frontière entre critique politique, expression syndicale et infraction pénale s’estompe dangereusement.

Newton Ahmed Barry met en garde : « Les juntes militaires au Sahel misent sur la peur pour asseoir leur pouvoir. En terrorisant la population, elles espèrent régner sans opposition. Mais cette stratégie pourrait se retourner contre elles. »

Une société civile qui résiste malgré tout

Malgré les risques – arrestations, enlèvements et violences –, des voix continuent de s’élever, souvent depuis l’étranger. Mahamadou Idder Alghabid souligne : « Nous savons que le combat est immense face à trois régimes militaires. Pourtant, chaque jour, nous gagnons du terrain tandis qu’ils en perdent. Les promesses de souveraineté et de lutte contre l’impérialisme se sont révélées creuses. Les Sahéliens, du Burkina au Niger en passant par le Mali, prennent peu à peu conscience de la supercherie. »

Newton Ahmed Barry ajoute : « Les excès des juntes pourraient bien accélérer leur chute. Une force qui abuse de sa puissance finit toujours par s’effondrer sous le poids de ses propres excès. La société burkinabè n’est pas résignée. »

Appels à la mobilisation internationale

Les organisations de défense des droits humains appellent à une réaction internationale. Elles insistent sur l’importance de soutenir les espaces d’expression et les initiatives civiles pacifiques. « Il faut dénoncer clairement les atteintes aux libertés et rappeler que la confiscation du pouvoir par des militaires putschistes ne peut devenir une norme acceptable, » rappelle une chercheuse spécialiste du Sahel.

La question de la légitimité des juntes militaires reste donc entière, et la communauté internationale est invitée à ne pas rester silencieuse face à ces dérives autoritaires.