Décryptage : ce que le verdict de la Cour suprême béninoise révèle vraiment sur l’affaire Houndégnon

Derrière la décision rendue ce jeudi 24 septembre 2026 par la plus haute juridiction du Bénin se cache un message bien plus large sur l’équilibre des pouvoirs et la portée des recours judiciaires. En rejetant le pourvoi en cassation du général Louis Philippe Houndégnon, ancien Directeur général de la Police nationale, la Cour suprême ne s’est pas contentée de trancher un différend procédural : elle a mis fin à des mois de bras de fer et épuisé les ultimes voies de recours extraordinaires de la défense. Une lecture en profondeur de cet arrêt s’impose pour comprendre ce qui se joue réellement.
Un rejet sur le fond qui sonne comme une validation en cascade
La juridiction suprême a certes reconnu la recevabilité formelle du pourvoi, mais elle l’a écarté sur le fond. Ce faisant, elle confirme l’arrêt du 19 mai 2026 rendu par la chambre d’appel de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). En validant la compétence des juges du fond, la Cour suprême ferme la porte à toute contestation ultérieure sur ce point et précipite l’ouverture d’un procès au fond.
Présent à l’audience, Me Fidèle Abouta, l’un des conseils du général, a plaidé que les droits fondamentaux de son client auraient été violés dès les premières heures de la procédure. Une tentative qui n’a pas trouvé d’écho auprès des juges, mettant un point final au duel de compétences qui paralysait le dossier depuis plusieurs mois.
Les ressorts cachés d’une accusation multiple
Pour saisir toute la portée de cette décision, il faut se pencher sur les griefs retenus contre l’ancien chef de la police, devenu une voix critique du pouvoir en place. L’État béninois lui reproche une série de manquements graves :
- Incitation à la rébellion et à la désobéissance civile pour ses prises de parole appelant au soulèvement ;
- Harcèlement via des communications électroniques en raison de la diffusion de messages incisifs sur les réseaux sociaux ;
- Violation du devoir de réserve pour avoir divulgué des informations confidentielles liées à ses anciennes fonctions.
Initialement instruite sous une qualification correctionnelle, l’affaire a été requalifiée en matière criminelle par la CRIET, qui y voit une tentative d’atteinte à la sûreté de l’État. Un changement de nature qui en dit long sur la gravité que les autorités accordent à ce dossier.
Vers un procès au fond : les vraies questions derrière l’arrêt
Avec ce rejet sans appel, les arguties de procédure s’effacent pour laisser place au débat de fond devant la CRIET. La question centrale sera désormais de savoir si les déclarations du général relèvent de l’exercice légitime de la liberté d’expression ou constituent une entreprise délibérée de déstabilisation des institutions. Un procès qui s’annonce comme un moment charnière, où se mesureront les frontières entre critique du pouvoir et atteinte à la sûreté de l’État.