Crise sécuritaire au Mali : une alliance rebelle et djihadiste fait vaciller le pouvoir de Bamako
Une déstabilisation d’envergure frappe le territoire malien
Le Mali traverse une phase de turbulences extrêmes suite à une opération militaire d’une ampleur inédite. Samedi 25 avril, une coalition composée du Front de libération de l’Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a lancé des assauts synchronisés sur sept points stratégiques du pays. Des localités comme Bamako, Kati, Mopti, Gao et Sévaré ont été prises pour cibles, tandis que la ville de Kidal est désormais totalement aux mains des insurgés.
Les assaillants ont déployé un arsenal varié incluant des drones kamikazes, des véhicules piégés et des tirs de mortiers. Des sites névralgiques tels que l’aéroport international Modibo Keita et le ministère de la Défense ont été directement visés. Le général Oumar Diarra, chef d’état-major des armées, a dénoncé une stratégie de déstabilisation globale orchestrée par des acteurs nationaux et internationaux pour instaurer un climat d’insécurité permanent.
La disparition tragique de Sadio Camara et l’impact sur la junte
Le gouvernement de transition a confirmé une perte politique et militaire majeure : le décès du ministre de la Défense, Sadio Camara. Sa résidence située à Kati a été la cible d’un attentat-suicide à la voiture piégée. Le ministre a succombé à ses blessures après avoir tenté de repousser les assaillants. Cette attaque a également coûté la vie à plusieurs membres de sa famille et à de nombreux civils. Parallèlement, Modibo Koné, à la tête de la sûreté de l’État, a été blessé, tandis que le président de la Transition, Assimi Goïta, a été évacué d’urgence vers un lieu sécurisé.
Le retrait des forces russes et les accusations contre l’Ukraine
L’Africa Corps, force paramilitaire sous contrôle du ministère russe de la Défense, a annoncé avoir quitté Kidal aux côtés des forces armées maliennes (FAMA). Ce retrait, présenté comme une manœuvre tactique, intervient alors que les rebelles du FLA affirment avoir négocié un passage sécurisé pour les troupes russes. Moscou soutient par ailleurs avoir déjoué une tentative de coup d’État massive et pointe du doigt une implication des services secrets ukrainiens et européens. Selon les autorités russes, les insurgés bénéficieraient d’un soutien logistique et de formations tactiques fournies par Kiev, ce qui a conduit le Mali à rompre ses liens diplomatiques avec l’Ukraine.
Une alliance tactique inédite entre Touaregs et djihadistes
Cette offensive marque un tournant avec la concrétisation d’un pacte entre les séparatistes touaregs du FLA, dirigés par Alghabass Ag Intalla, et les groupes djihadistes du JNIM. Bien que leurs visions politiques divergent — les uns luttant pour l’autonomie de l’Azawad et les autres pour un État islamique — ils ont scellé un accord de coordination opérationnelle face à leur ennemi commun : la junte de Bamako et les mercenaires russes. Cette dynamique s’est accélérée depuis la fin des accords d’Alger et le retrait de la MINUSMA, plongeant le nord du Mali dans une nouvelle ère de confrontation ouverte.