Crise sécuritaire au Mali : l’offensive des groupes armés ébranle le pouvoir de Bamako
Le septentrion malien traverse une période de turbulences majeures, marquant une rupture brutale dans l’équilibre des forces. Suite à la prise symbolique de Kidal, les mouvements armés intensifient leur progression territoriale. Parallèlement, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) opère un tournant stratégique en exhortant au renversement de l’ordre constitutionnel actuel.
Une progression territoriale fulgurante des groupes armés
Le spectre des événements de 2012 resurgit au Mali. En ce début de mois de mai 2026, les forces du JNIM et les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont revendiqué le contrôle des emprises militaires stratégiques de Tessalit et Aguelhoc. Ce repli des Forces armées maliennes (FAMa), accompagnées des partenaires russes d’Africa Corps, a facilité l’occupation de ces points névralgiques par les insurgés.
La diffusion d’images montrant Seidane Ag Hitta, cadre influent du JNIM, au sein du camp de Tessalit, illustre l’ampleur du défi sécuritaire actuel. Depuis la fin du mois d’avril, plusieurs localités telles que Ber, Tessit, Hombori et Gourma Rharous ont échappé au contrôle gouvernemental, plongeant les cités de Gao et Tombouctou dans une incertitude croissante.
La riposte des autorités de transition et l’appui de Moscou
Face à cette situation critique, le palais de Koulouba maintient une posture de fermeté. Le général Assimi Goïta a appelé à une mobilisation patriotique, affirmant la détermination de l’État à préserver l’intégrité du territoire national. La stratégie de défense s’articule désormais autour de deux axes principaux :
- Opérations aéroterrestres : Les forces armées multiplient les frappes chirurgicales sur Kidal, ciblant notamment les infrastructures de commandement et les dépôts logistiques.
- Désenclavement logistique : Malgré les tentatives de blocus jihadiste, un convoi d’envergure comprenant 800 camions-citernes a réussi à rallier la capitale sous haute protection militaire et aérienne.
Le Kremlin, par l’intermédiaire de son porte-parole Dmitri Peskov, a renouvelé son engagement total auprès des autorités maliennes, écartant toute velléité de retrait malgré les récents revers subis sur le terrain.
Le virage politique du JNIM et les tensions internes
Une mutation sémantique s’opère au sein du JNIM. Le groupe adopte désormais un langage politique, invitant les acteurs civils, les partis et les autorités religieuses à constituer un front uni pour une transition alternative. En s’appropriant les concepts de « souveraineté » et de « dignité », l’organisation tente de capitaliser sur le mécontentement social, tout en maintenant son projet d’instauration de la Charia.
Sur le plan intérieur, le pouvoir de Bamako fait face à des défis judiciaires et disciplinaires. Le procureur de la République a annoncé l’interpellation de plusieurs membres des forces armées, soupçonnés de collusion avec les groupes assaillants lors des dernières offensives. Entre la menace militaire au Nord et la fragilité du consensus politique dans la capitale, le régime de transition traverse une phase de vulnérabilité sans précédent.