Crise politique au Bénin : la présidence maintient son autorité après une tentative de putsch
Le dimanche 7 décembre, des éléments militaires ont fait une déclaration sur la chaîne de télévision nationale du Bénin, affirmant avoir destitué le président Patrice Talon. Cependant, l’entourage présidentiel a rapidement réagi, assurant que le chef de l’État était en lieu sûr et que les forces armées loyalistes rétablissaient l’ordre.
Ce pays d’Afrique de l’Ouest, doté d’une économie en pleine croissance mais confronté à l’insécurité djihadiste dans le septentrion, devait voir le président Talon achever son mandat en avril prochain, à l’approche d’une élection présidentielle. La région ouest-africaine a été le théâtre de multiples changements de pouvoir par la force ces dernières années, avec des incidents similaires rapportés au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Guinée, et tout récemment, en Guinée-Bissau fin novembre.
Le même jour, un collectif de militaires se présentant sous l’appellation de « Comité militaire pour la refondation » (CMR) a diffusé un communiqué sur la télévision nationale béninoise, annonçant la révocation de Patrice Talon. Le signal de cette chaîne a toutefois été interrompu quelques heures plus tard.
Suite à cette déclaration des mutins, une source proche de la présidence a rapidement confirmé la sécurité du président Talon et la reprise en main de la situation par l’armée régulière. « Ce n’est qu’un petit groupe qui a eu accès à la télévision. L’armée loyale rétablit l’ordre. Cotonou et l’ensemble du territoire sont entièrement sécurisés », a précisé cette source.
Sur le réseau social X, l’ambassade de France au Bénin a informé ses ressortissants dimanche matin de « tirs signalés aux abords de la résidence du président de la République » à Cotonou, les exhortant à demeurer à leur domicile « par précaution ».
Une autre source militaire a corroboré que l’état des lieux était « maîtrisé », soulignant que les auteurs de la tentative n’avaient réussi à s’emparer « ni de la résidence du chef de l’État », ni du « palais présidentiel ». Elle a ajouté : « C’est une affaire de temps avant que la normalité ne revienne. Les opérations de sécurisation progressent favorablement ».
Accès restreint à plusieurs sites clés
Un journaliste présent sur place a pu observer dimanche matin que des militaires avaient établi des barrages, interdisant l’accès à la chaîne de télévision publique et au siège de la présidence. Des restrictions d’accès ont également été mises en place autour de plusieurs secteurs, y compris le Sofitel, un hôtel de luxe de la capitale économique, ainsi que des zones abritant des organisations internationales. Néanmoins, l’aéroport et d’autres quartiers de la ville ne montraient aucun signe de présence militaire inhabituelle, et la vie quotidienne de la population semblait se dérouler normalement.
L’histoire politique du Bénin est marquée par une série de coups d’État et de tentatives de renversement. Patrice Talon, élu en 2016, est censé achever son second et dernier mandat constitutionnel en 2026. La prochaine échéance électorale verra s’affronter le parti majoritaire et un candidat de l’opposition jugé « modéré », le principal mouvement d’opposition ayant été exclu du processus.
Bien que reconnu pour ses efforts en faveur du développement économique du Bénin, Patrice Talon est fréquemment critiqué par ses opposants qui lui reprochent une dérive autoritaire, dans ce qui fut jadis un modèle de démocratie dynamique en Afrique de l’Ouest.