Peuple Sahel

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Crise de l’eau et de l’électricité au nord du Niger : quand l’absence de services essentiels paralyse le quotidien

L’ombre des coupures : quand l’obscurité s’installe durablement dans le nord

Dans les régions d’Agadez, d’Arlit et de Tchirozérine, le nord du Niger ne vit plus simplement sous le signe des promesses politiques, mais sous celui des interruptions permanentes. Depuis des mois, les populations subissent des délestages répétés qui plongent des villes entières dans l’obscurité. Les coupures, autrefois exceptionnelles, sont devenues une norme, perturbant chaque aspect de la vie quotidienne : commerce, éducation et même santé.

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Les autorités régionales, conscientes de l’ampleur du problème, avaient déjà reconnu en mai l’existence de dysfonctionnements critiques dans l’approvisionnement en électricité et en eau. Des missions de vérification avaient été organisées auprès de la NIGELEC et de la Nigérienne des Eaux pour tenter d’identifier les causes de ces défaillances. Pourtant, malgré ces démarches, les habitants continuent de subir des périodes sans courant prolongées, parfois pendant plusieurs semaines.

Quand l’électricité manque, c’est toute la chaîne du quotidien qui se grippe

Les explications techniques avancées par les opérateurs comme les travaux de maintenance sur la centrale à charbon de SONICHAR n’apaisent pas la colère des citoyens. Pour eux, la situation dépasse largement le cadre des problèmes logistiques : elle touche à l’essentiel. Les foyers, les hôpitaux et les commerces voient leur activité paralysée chaque fois que le courant est coupé. Les services de santé, en particulier, sont mis à rude épreuve : les consultations, les interventions chirurgicales et même le maintien des stocks de médicaments dépendent de l’électricité.

Dans les zones les plus isolées, les récits se font plus alarmants. Certains habitants évoquent des coupures si longues qu’elles frôlent l’abandon pur et simple. Ces témoignages, bien que difficiles à vérifier systématiquement, dessinent un tableau de détérioration sociale accélérée dans ces territoires déjà fragilisés.

L’eau, ce luxe devenu inaccessible sans courant

Le drame ne s’arrête pas à l’obscurité. La crise de l’eau, profondément liée à celle de l’électricité, s’aggrave à mesure que les infrastructures dépendantes du réseau électrique tombent en panne. Les stations de pompage, les réseaux de distribution et les forages ne fonctionnent plus normalement dès que le courant disparaît. Résultat : la distribution d’eau potable chute drastiquement.

À Agadez, la Nigérienne des Eaux a reconnu dès mai que la production d’eau ne couvrait même pas les besoins locaux. Avec une capacité de production de 19 500 m³ par jour, les besoins estimés dépassaient largement cette offre. Quelques semaines plus tard, la situation n’avait pas évolué : des rapports faisaient état de pénuries simultanées d’eau potable, d’électricité, de gaz domestique et de carburant dans les principales agglomérations de la région.

Face à l’absence d’eau courante, les solutions de secours se révèlent souvent précaires. Dans certaines localités, les habitants n’ont d’autre choix que de se rabattre sur les sources non contrôlées, comme les marigots, avec tous les risques sanitaires que cela implique. Cette contrainte touche en priorité les familles les plus vulnérables, pour qui l’accès à une eau saine était déjà un combat quotidien.

Le grand écart entre les annonces nationales et les réalités locales

Le gouvernement nigérien met en avant une production électrique nationale en hausse, avec une capacité installée de 420 MW et une puissance disponible de 294 MW. Pourtant, ces chiffres ne reflètent pas la réalité vécue sur le terrain. Dans le nord du pays, la puissance disponible chute dramatiquement : seulement 16 MW sont accessibles dans cette zone.

Cette fracture territoriale pose une question cruciale : à quoi servent des investissements globaux si les bénéfices n’atteignent pas les régions les plus éloignées ? Les habitants du nord du Niger, eux, jugent sur pièces : les annonces de modernisation énergétique restent des vues de l’esprit tant que l’électricité ne parvient pas de manière fiable à leurs domiciles.

L’impact humain : quand l’essentiel devient un privilège

L’eau et l’électricité ne sont pas de simples commodités. Elles sont les piliers sur lesquels reposent la santé, l’éducation, l’économie locale et même la cohésion sociale. Sans elles, les écoles peinent à fonctionner, les hôpitaux voient leurs capacités réduites, et les commerces subissent des pertes financières irréparables. Les familles, surtout les plus modestes, doivent redoubler d’efforts pour compenser ces carences, souvent au prix d’un épuisement physique et financier.

Le régime du général Abdourahamane Tiani peut afficher ses projets d’infrastructures et ses partenariats internationaux. Mais pour les populations du nord, le critère ultime reste simple : avoir accès à l’eau au robinet et à la lumière lorsque la nuit tombe. Tant que cette exigence minimale n’est pas remplie, les discours officiels peinent à convaincre.

Le nord du Niger attend des actes, pas des communiqués. Il demande un retour à l’essentiel : des services publics qui fonctionnent, une électricité stable et une eau potable accessible à tous. Sans cela, la crise actuelle ne sera pas seulement technique elle deviendra une crise humaine.

Par Luc Essomba — Reporter