Peuple Sahel

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Crimes de guerre au Mali : quand l’impunité frappe les familles et ébranle la paix civile

Le Mali, déchiré par plus d’une décennie de conflit, voit ses populations civiles payer un lourd tribut. Un rapport accablant révèle des crimes de guerre attribués aux forces maliennes et à leurs alliés étrangers, avec des conséquences dramatiques pour des milliers de familles. Entre tueries, tortures et déplacements forcés, l’impunité menace de s’enraciner, mettant en péril la stabilité du pays et la crédibilité des autorités.

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Des villages transformés en champs de bataille : le quotidien des civils sous le feu

Les régions de Ségou, Mopti et Tombouctou, déjà fragilisées par des années d’insécurité, subissent désormais les conséquences directes des opérations militaires. Les témoignages recueillis auprès de 119 réfugiés peuls, arabes et touarègues dressent un tableau glaçant : au moins 34 civils tués entre 2023 et 2025, dont des femmes et des enfants. À Tin Adanda, en février 2025, une patrouille conjointe a laissé quatre victimes derrière elle, certaines égorgées ou brûlées vives.

L’enjeu dépasse les simples chiffres. Les communautés pastorales, souvent accusées à tort de complicité avec les groupes armés, paient le prix fort. Des familles entières sont déplacées, leurs biens pillés, leurs proches disparus dans des bases militaires où la torture est devenue monnaie courante.

Quand les frappes aériennes transforment les marchés en zones de mort

Deux attaques de drones en 2025 ont marqué un tournant dans l’escalade de la violence. Le 16 mars, le marché d’Ejdeir, lieu de vie animé de Tombouctou, a été pulvérisé par une frappe. Seize civils y ont trouvé la mort, dont cinq enfants. Aucune preuve d’une présence militaire n’a été identifiée sur les lieux, soulevant la question : comment justifier une telle attaque ?

Les autorités maliennes ont évoqué des « réunions de terroristes », mais pour les familles endeuillées, ces explications sonnent comme une insulte. Chaque victime avait un nom, une histoire, un avenir brisé. Et aucune enquête crédible n’a été menée pour faire la lumière sur ces drames.

La torture, arme de guerre contre les détenus : un système qui se normalise

Les basiliques de Léré et Nampala résonnent désormais des cris de ceux qui y ont été détenus. Quinze hommes interrogés par des enquêteurs décrivent des scènes d’horreur : suspension par les bras, noyades simulées, décharges électriques et coups portés avec des barres métalliques. Trois d’entre eux ne sont jamais ressortis. Pour cinq autres, la mort est venue après des semaines d’agonie en détention.

Le rapport révèle que ces actes ne sont pas des actes isolés, mais une pratique systématique, souvent perpétrée par des mercenaires étrangers présents aux côtés des forces maliennes. Des civils arrêtés sans motif valable, détenus pendant des mois sans accès à un avocat ni à leur famille. La justice n’a jamais été rendue.

L’Africa Corps remplace Wagner : le changement de façade qui cache la même impunité

En juin 2025, le groupe Wagner a officiellement cédé la place à l’Africa Corps, une nouvelle structure placée sous le contrôle du ministère russe de la Défense. Une simple réorganisation ou la promesse d’une rupture avec les exactions passées ? Rien n’est moins sûr.

Amnesty International exige que les autorités maliennes clarifient les liens entre l’État et cette nouvelle entité, et s’assurent que ses membres soient tenus responsables en cas de violations du droit international. Mais dans un pays où la coopération avec Moscou s’est intensifiée depuis 2020, les garanties manquent cruellement.

Les groupes armés, acteurs de l’insécurité : une justice à double vitesse

Si les forces gouvernementales et leurs alliés sont pointés du doigt, le rapport rappelle que les groupes armés ne sont pas exempts de reproches. Enlèvements, homicides illégaux et abus divers font partie de leur arsenal. Les civils se retrouvent ainsi pris en étau entre des groupes jihadistes et des opérations militaires qui, au nom de la lutte contre le terrorisme, piétinent les droits fondamentaux.

Plus de 2 000 écoles fermées, des centaines de milliers d’enfants privés d’éducation, des villages vidés de leurs habitants… La crise humanitaire s’aggrave, et avec elle, le sentiment d’abandon des populations. Comment reconstruire un pays quand la peur dicte chaque décision ?

Retrait du Mali de la Cour pénale internationale : un bouclier contre la justice ?

Depuis juin 2026, le Mali a annoncé son retrait du Statut de Rome, le traité fondateur de la CPI. Une décision qui risque de compliquer les poursuites contre les responsables des crimes documentés. Pourtant, selon le droit international, la compétence de la Cour sur les crimes commis pendant la période d’application reste valable.

Amnesty International insiste : l’impunité ne doit pas devenir la norme. Le rapport transmis aux autorités maliennes en août 2026 n’a reçu aucune réponse. Aucune enquête sérieuse n’a été ouverte. Pourtant, la crédibilité de l’État malien se joue aujourd’hui sur sa capacité à rendre justice. Sans cela, les crimes continueront, et avec eux, la spirale de la violence.

Un défi immédiat pour les familles : survivre sans protection

Pour les habitants de Ségou, Mopti et Tombouctou, la vie s’organise autour d’une question lancinante : comment protéger les siens quand l’État lui-même est un acteur de l’insécurité ? Les familles survivent dans l’ombre des combats, entre la menace des groupes armés et les opérations des forces de sécurité. Chaque jour est une lutte pour la dignité et la justice.

Le rapport d’Amnesty n’est pas qu’un document accablant. C’est un cri d’alarme pour les Maliens et un rappel à la communauté internationale : la lutte contre le terrorisme ne peut justifier l’abandon des principes les plus élémentaires. Protéger les civils n’est pas une option, c’est une obligation. Et sans justice, il n’y a pas de paix possible.