Coopération sécuritaire Washington AES : une alliance en tension

coopération sécuritaire Washington AES : une alliance en tension

Malgré des années de tensions diplomatiques marquées, les États-Unis maintiennent une collaboration militaire avec les régimes issus de coups d’État au Sahel, à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Une stratégie qui surprend, alors que Washington avait récemment durci le ton à leur égard.

Mali, Bamako 2025 | Bustes des dirigeants de l'AES

une collaboration toujours active malgré les divergences politiques

Selon le général John Brennan, commandant adjoint de l’Africom — la force militaire américaine en Afrique —, les échanges se poursuivent. « Nous continuons de coopérer, y compris en partageant des renseignements pour cibler des groupes terroristes. Cependant, la situation a radicalement évolué par rapport à il y a deux ou trois ans », a-t-il expliqué.

Le haut gradé a également souligné les difficultés de communication rencontrées : « D’autres acteurs, qui distordent notre image, alimentent ces régimes en désinformation. Nous devons donc démêler ces réseaux pour rétablir la confiance », a-t-il ajouté. Cette approche, qualifiée de pragmatique par les observateurs, soulève des questions sur la cohérence de la politique américaine face aux juntes militaires.

des intérêts stratégiques qui dépassent la lutte antiterroriste

Pour Abdoulmoumouni Abbas, expert en radicalisation et extrémisme violent au Sahel et au Lac Tchad, l’engagement des États-Unis dans la région ne se limite pas à la sécurité. « Washington a des enjeux majeurs dans cette zone : trafic de stupéfiants, criminalité transfrontalière, terrorisme, flux migratoires… Ces problèmes, particulièrement la criminalité organisée, prennent de l’ampleur », précise-t-il.

En effet, l’armée américaine a intensifié ses livraisons d’équipements et ses échanges de données avec le Nigeria afin de traquer les djihadistes de l’État islamique. Pourtant, le général Brennan a tenu à rassurer : « Nous ne cherchons pas à remplacer nos bases au Niger, malgré l’expulsion des troupes américaines par les autorités locales. Notre objectif est de préserver la stabilité régionale ».

une présence militaire sous surveillance

Cette coopération sécuritaire intervient alors que les juntes du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont officiellement formé l’Alliance des États du Sahel (AES) en 2023. Une alliance qui a conduit à une réorientation géopolitique de ces pays, notamment vers la Russie et ses partenaires comme le groupe Wagner.

Les États-Unis, tout en maintenant un dialogue avec ces régimes, doivent désormais composer avec une concurrence accrue dans la région. Une situation complexe qui met en lumière les défis de la diplomatie américaine en Afrique de l’Ouest.