Contrôles policiers des étrangers : le Sénégal durcit son dispositif à Dakar

Une intensification des vérifications administratives dans la capitale

Depuis quelques semaines, la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage (DPETV) mène des opérations ciblées dans plusieurs quartiers de Dakar et sa banlieue. Objectif affiché : renforcer la sécurité des personnes et des biens sur le territoire national. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en l’espace de huit jours, 490 étrangers ont été contrôlés, et 36 d’entre eux déférés au parquet pour séjour irrégulier.

Ces interventions, présentées comme des vérifications administratives classiques, suscitent pourtant une inquiétude grandissante au sein de la société civile et des communautés étrangères installées au Sénégal. Une étude de cas illustre cette tendance : celle d’Amadou Bangoura, étudiant béninois de 30 ans, résidant dans le pays depuis cinq ans pour y poursuivre ses études supérieures.

Ce soir-là, alors qu’il quitte la salle de sport de Liberté 6 aux alentours de 22 heures, une patrouille de police l’interpelle et lui demande ses papiers. N’ayant pas ses documents sur lui, il explique les avoir laissés à domicile. Une situation qui, selon lui, ne s’est jamais produite en cinq années de séjour régulier. L’angoisse le submerge : retour forcé, emprisonnement, audience devant le procureur… Les scénarios catastrophes s’enchaînent dans son esprit. Les forces de l’ordre, après avoir vérifié ses déclarations, l’accompagnent jusqu’à son domicile où il présente son passeport ainsi que les documents prouvant la régularité de son séjour. L’incident se conclut sans suite, mais laisse une trace indélébile.

La société civile dénonce une logique de suspicion généralisée

Plusieurs organisations, dont Legs Africa, Frapp, Nawle, Afrikajom Center et Diwan Citoyen, ont réagi à cette multiplication des contrôles. Dans un communiqué conjoint, elles soulignent que « la souveraineté d’un État ne saurait être confondue avec l’arbitraire ». Leur préoccupation majeure ? Le glissement progressif d’une politique migratoire classique vers une logique de suspicion permanente envers les étrangers.

Les signataires rappellent que chaque individu, quelle que soit sa nationalité, est titulaire de droits fondamentaux. Ils mettent en garde contre une évolution qui transformerait le séjour régulier en une succession d’épreuves bureaucratiques, où l’étranger ne serait plus perçu comme une personne, mais comme un risque administratif.

Sécurité et hospitalité : un équilibre à préserver

Pour Elimane Kane, président de Legs Africa, il est essentiel de concilier sécurité et hospitalité, deux valeurs traditionnellement associées au Sénégal. Bien que le contrôle des frontières et l’identification des personnes entrant sur le territoire relèvent de la responsabilité étatique, il met en garde contre toute interprétation qui réduirait ces opérations à une politique de rejet des étrangers.

« La sécurité n’exclut pas l’altérité », affirme-t-il, appelant à une meilleure coordination entre les forces de sécurité. Sans cela, prévient-il, ces contrôles risquent d’être perçus comme des persécutions à l’égard des étrangers, alors qu’ils devraient être compris comme des mesures neutres et non ciblées.

Elimane Kane rappelle également que la mobilité professionnelle est une réalité mondiale. « Tout comme les Sénégalais partent travailler à l’étranger, les étrangers ont le droit de venir ici et d’y exercer une activité professionnelle », explique-t-il. Selon lui, la solution ne réside pas dans l’accusation systématique des migrants, mais dans la création de conditions permettant aux jeunes du pays de saisir les opportunités disponibles.

Une tendance à surveiller de près

Alors que les opérations de vérification se poursuivent, la question de leur impact sur le climat social et les relations communautaires reste entière. Entre sécurité renforcée et respect des droits fondamentaux, le Sénégal doit trouver le juste équilibre pour préserver son image d’accueil et d’ouverture.