Ce que la DPG du Premier ministre Alhaminou Lo change concrètement pour les Sénégalais

Le mardi 8 septembre 2026, l’Assemblée nationale s’est réunie en séance extraordinaire pour entendre la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo. Conformément à l’article 55 de la Constitution, cette intervention intervient trois mois après sa nomination par le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye, le 25 mai 2026, et la formation de son gouvernement le 1er juin suivant.

Fort de son expérience comme ancien Secrétaire général du Gouvernement et ministre d’État chargé de l’Agenda Sénégal 2050, le chef de l’exécutif a clairement affiché sa volonté de poursuivre l’œuvre de son prédécesseur, Ousmane Sonko, désormais à la tête de l’Assemblée nationale. « Rien ne change, le cap est maintenu », a-t-il insisté, réaffirmant les sept ruptures de la précédente DPG et le Référentiel « Sénégal 2050 » comme unique feuille de route. Toutefois, a-t-il précisé, la méthode sera resserrée autour de six axes : prioriser, financer autrement, exécuter, mesurer, dialoguer et rendre compte.

Le diagnostic financier dressé par le Premier ministre est sans complaisance. La dette consolidée du secteur public atteignait environ 132 % du PIB fin 2024, soit plus de 23 500 milliards de francs CFA, avec un déficit réévalué à 13,7 % du PIB. En 2025, la croissance hors hydrocarbures n’a été que de 2,2 % et le déficit budgétaire de 6,4 %. Une situation aggravée, selon lui, par le conflit déclenché en février 2026 entre l’Iran, les États-Unis et Israël, qui a conduit à cinq dégradations de la notation souveraine par Moody’s et Standard & Poor’s.

Face à cette crise, Ahmadou Alhaminou Lo a annoncé qu’un accord technique a été trouvé le 1er septembre 2026 avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un nouveau programme centré sur l’investissement et la transparence, sans conditionnalité excessive par rapport aux engagements du programme présidentiel « Diomaye Président ». Il a également présenté le Plan de traitement de la dette du Sénégal (PTDS), « quasi finalisé », qui vise à allonger les maturités et réduire le coût moyen de la dette, avec l’appui du FMI, de la Banque mondiale et des créanciers officiels. Le règlement des arriérés de paiement au secteur privé, estimés à 1 956 milliards de FCFA à fin mars 2025, est une priorité immédiate.

Le chef du gouvernement a également esquissé des réformes majeures pour l’énergie et la protection sociale. Le coût des subventions énergétiques sera ramené à moins de 1 % du PIB d’ici 2029, tout en ciblant mieux les ménages vulnérables, avec un objectif de baisse de 30 % du prix du kilowattheure d’électricité à l’horizon 2030. Un filet social devrait couvrir un million de ménages pauvres et vulnérables dès 2027, avec un budget doublé à 140 milliards de FCFA. Dans le secteur du logement, l’ambition est de livrer au moins 30 000 unités par an, alors que le déficit est estimé à 500 000 logements.

Sur les dossiers sensibles, le Premier ministre a évoqué les enquêtes en cours sur les événements de février 2021 à février 2024, la revue des contrats miniers et pétroliers, les audits fonciers sur le littoral et le domaine de l’État, ainsi que le dossier gazier de Yakaar-Teranga, dont le contrat expire en juillet 2026 et pourrait rapporter 55 millions de dollars à l’État. Il a aussi rappelé que depuis juillet 2025, plus aucune force militaire étrangère n’est présente sur le sol sénégalais.

Pour la décennie à venir, plusieurs projets dits « catalytiques » ont été mis en avant : le développement gazier de Yakaar-Teranga, le réseau gazier national, la modernisation de la raffinerie SAR 2, le hub minier de Kédougou, le Grand Transfert d’eau, la nouvelle ligne ferroviaire Dakar-Tambacounda-Kidira, quatre hôpitaux régionaux supplémentaires, et le Dakar Millenium Center, un projet urbain de 500 milliards de FCFA à Ouakam.

Ahmadou Alhaminou Lo a conclu en plaçant la stabilité institutionnelle, macroéconomique et sociale comme « l’aiguille de la boussole » de son action, appelant les Sénégalais à un effort partagé fondé sur le civisme fiscal, la consommation locale et le volontariat. « Ce gouvernement ne demande pas à être jugé sur ses intentions, mais sur son efficacité et ses résultats », a-t-il lancé, promettant des revues trimestrielles d’exécution qu’il présidera lui-même.