Cameroun : 292 milliards de FCFA de financements BAD menacés d’annulation
Un risque financier majeur plane sur le Cameroun, où 292 milliards de FCFA de financements BAD sont désormais éligibles à une annulation. Cette situation préoccupante a été révélée lors d’une revue conjointe du portefeuille, tenue à Yaoundé le 14 juillet 2026, entre le gouvernement camerounais et la Banque africaine de développement (BAD). Sept opérations, représentant un total de 373,419 millions d’unités de compte, sont concernées. La principale raison de cette menace n’est pas un manque de ressources, mais plutôt la lenteur des procédures internes qui entravent la mise en œuvre des projets de développement.
Il est important de noter que ces sommes ne sont pas des fonds déjà décaissés que Yaoundé devrait restituer. Il s’agit plutôt de prêts et de dons que la BAD a validés, mais pour lesquels les accords n’ont pas été signés dans les délais impartis, ou dont les paiements n’ont pas été initiés malgré une formalisation juridique. Six de ces dossiers appartiennent à la première catégorie, tandis que le septième relève de la seconde. Les financements dont les accords restent en suspens s’élèvent à 339,419 millions d’UC, soit près de 265 milliards de FCFA.
La route Ngoura-Yokadouma, un projet phare à 207 milliards de FCFA en péril
Un projet en particulier concentre une part considérable de ce risque d’annulation de financement. Le Programme de désenclavement et de connectivité des bassins économiques transfrontaliers, destiné à financer l’aménagement de la route Ngoura-Yokadouma dans la région de l’Est du Cameroun, représente à lui seul 265,4 millions d’UC, soit environ 207 milliards de FCFA. Ce montant constitue plus de 71 % de la somme totale exposée. Approuvée le 18 février 2026, cette opération attendait toujours la signature de son accord de prêt au moment de la revue.
Cinq autres dossiers se trouvent dans une impasse administrative similaire. Parmi ces opérations en attente de signature figure le Projet d’appui à l’Université panafricaine (phase 2), doté de 3,64 millions d’UC par le Fonds africain de développement (FAD) et validé le 19 décembre 2024. S’y ajoutent l’étude d’aménagement hydroélectrique de Minkouma sur le fleuve Sanaga (2,994 millions d’UC), le projet d’études de la cité universitaire CUA-Y2 (2,320 millions d’UC) et le programme PROSTABLT, axé sur la prévention des risques par la stabilisation au lac Tchad (5,095 millions d’UC).
À cette liste s’ajoute un projet régional d’importance stratégique : le projet de facilitation du transport et du commerce, qui inclut la construction d’un pont sur le fleuve Ntem, à la frontière avec la Guinée équatoriale. Approuvé le 29 novembre 2023, ce projet combine un prêt de la BAD de 39,97 millions d’UC et un prêt du FAD de 20 millions d’UC.
PARZIK2 : quinze mois sans le moindre décaissement pour un projet clé
Le septième projet illustre une autre problématique, tout aussi coûteuse pour le développement économique du Cameroun. Le Projet d’aménagement des routes de désenclavement de la zone industrielle et portuaire de Kribi (PARZIK2), deuxième phase, bénéficie pourtant d’un accord déjà signé. Cependant, plus de quinze mois après cette signature, aucun décaissement n’avait été enregistré sur l’enveloppe de 34 millions d’UC, soit environ 26,54 milliards de FCFA. Ce dossier bascule ainsi lui aussi dans la zone à risque, malgré le rôle central de Kribi dans la stratégie industrielle et portuaire du pays.
Un cycle d’exécution des projets deux fois plus lent que la norme internationale
Les données présentées lors de la revue dressent un tableau préoccupant des retards administratifs. Le délai moyen entre l’approbation d’un financement et la signature de l’accord s’élève à douze mois au Cameroun, alors que la BAD fixe une norme de trois mois. Il faut ensuite compter seize mois en moyenne pour l’entrée en vigueur, contre cinq mois attendus. Quant au premier décaissement, il intervient en moyenne vingt et un mois après l’approbation, bien au-delà de l’objectif de douze mois. En somme, près de deux années s’écoulent avant qu’un euro ne soit effectivement engagé sur le terrain.
Alamine Ousmane Mey, ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, a reconnu la pertinence de ce diagnostic. Il a souligné plusieurs causes, notamment une préparation insuffisante des projets, des délais trop longs pour la passation des marchés publics, la faiblesse de certaines unités de gestion et la mobilisation tardive des fonds de contrepartie que l’État doit apporter en complément des ressources extérieures. Ces frictions augmentent les coûts et sapent la crédibilité du pays auprès des bailleurs de fonds.
Depuis sa première opération au Cameroun en novembre 1972, la BAD a engagé 130 prêts et dons, totalisant environ 3 345 milliards de FCFA. Le programme 2023-2028 prévoit onze nouvelles opérations pour un volume d’approbations estimé à 833,8 milliards de FCFA. Toutefois, transformer ces engagements en chantiers effectifs demeure, pour l’heure, le maillon faible de la coopération financière entre Yaoundé et l’institution panafricaine.