Cadhp : le Burkina Faso appelé à respecter ses engagements en droits humains

Pourquoi la CADHP doit exiger le respect des droits humains au Burkina Faso ?

Le Burkina Faso, engagé dans une lutte contre le terrorisme depuis 2016, fait face à des défis majeurs en matière de respect des droits humains. Lors de l’examen de son rapport par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), prévue le 23 octobre 2024, les autorités burkinabè doivent rendre des comptes sur la protection des civils, l’espace civique et la lutte contre l’impunité. Human Rights Watch appelle la CADHP à se concentrer sur les violations persistantes commises tant par les forces de sécurité que par les groupes armés islamistes.

Protection des civils : une priorité négligée au Burkina Faso

Le conflit armé opposant l’État aux groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique a déjà coûté la vie à des milliers de civils. Pourtant, les opérations militaires menées par l’armée burkinabè sont régulièrement entachées de graves abus. Human Rights Watch a documenté des exécutions illégales, des disparitions forcées et des crimes contre l’humanité commis par les forces de sécurité, notamment dans des villages comme Karma et Zaongo. Ces agissements, souvent passés sous silence, nécessitent une réponse urgente de la CADHP.

L’impunité généralisée : un obstacle à la justice au Burkina Faso

Malgré les engagements internationaux du Burkina Faso, les enquêtes et poursuites judiciaires contre les responsables d’abus restent quasi inexistantes. Le rapport soumis par les autorités en 2023, couvrant la période 2015-2021, passe sous silence les violences commises par l’armée. La CADHP doit exiger des autorités burkinabè des explications claires et des actions concrètes pour briser ce cycle d’impunité.

Restrictions de l’espace civique : une menace pour les défenseurs des droits humains

Depuis le coup d’État de 2022, la junte militaire a intensifié la répression contre les activistes, journalistes et opposants politiques. Human Rights Watch a signalé des cas de conscription illégale, d’enlèvements et de disparitions forcées ciblant les détracteurs du régime. En décembre 2023, l’enlèvement de l’avocat Daouda Diallo, figure majeure de la défense des droits humains, a illustré cette politique de terreur. La CADHP doit impérativement aborder ces atteintes à la liberté d’expression et à la société civile.

Groupes armés islamistes : des crimes qui persistent

Outre les exactions commises par l’armée, les groupes armés islamistes, comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), continuent de semer la terreur. Violences sexuelles, enlèvements et pillages sont monnaie courante dans les zones sous leur emprise. La CADHP doit rappeler au Burkina Faso son obligation de protéger les populations civiles, y compris dans les zones contrôlées par ces groupes.

Recommandations de la CADHP pour le Burkina Faso

  • Mener des enquêtes transparentes et indépendantes sur les abus commis par les forces de sécurité et les groupes armés.
  • Garantir la protection des civils et le respect du droit international humanitaire lors des opérations militaires.
  • Lever les restrictions imposées à l’espace civique et assurer la sécurité des journalistes et des activistes.
  • Collaborer avec la CADHP pour organiser une visite officielle et évaluer la situation des droits humains sur le terrain.

La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a un rôle clé à jouer pour faire pression sur le Burkina Faso. En exigeant des comptes et en proposant des solutions concrètes, elle peut contribuer à améliorer la situation des droits humains dans ce pays en proie à une crise multidimensionnelle.