Burkina Faso : l’ONU s’alarme des graves exactions contre les Peuls
Au Burkina Faso, le Peuple Sahel, et plus spécifiquement les Peuls, est confronté à des violations massives des droits humains. Des experts indépendants des Nations Unies ont mis en lumière une série d’abus, incluant des exécutions extrajudiciaires, des tortures, des détentions arbitraires, des enlèvements et des disparitions forcées. Ces actes se multiplient dans le cadre des opérations militaires et sécuritaires menées contre les groupes djihadistes opérant dans la région du Sahel, instaurant un climat de répression et de violences ciblées.
Le Comité des Nations Unies pour l’élimination de la discrimination raciale a exprimé sa profonde inquiétude face à ces graves atteintes aux droits des Peuls sur le territoire burkinabè. Un document détaillant les observations finales, suite au rapport présenté par Ouagadougou à Genève en avril, révèle que « ces violations seraient souvent le fait des forces armées nationales, des forces de sécurité intérieure et de leurs auxiliaires, notamment les Volontaires pour la défense de la Patrie, ainsi que par des groupes armés non étatiques ».
Les experts indépendants ont également manifesté leur préoccupation concernant le « profilage ethnique » dont les Peuls seraient victimes de la part des forces de défense et de sécurité, des Volontaires pour la défense de la Patrie, et de la Brigade civique pour l’ordre et la discipline (surnommée « Brigade Laabal »). Le Comité s’alarme que ces violations graves des droits humains soient fréquemment justifiées par une prétendue association des Peuls avec des groupes terroristes.
Climat de haine et profilage ethnique : une réalité alarmante
Cette stigmatisation est alimentée par un climat de haine et des discours discriminatoires, se manifestant par des appels à la violence et des messages incitant à des crimes contre les Peuls, en particulier sur les réseaux sociaux. Le Comité dénonce ces messages, appelant notamment « à commettre des actes criminels, y compris des meurtres, à l’encontre des membres de ce groupe, ce qui contribuerait à la survenance des attaques à caractère raciste et des crimes de haine ». Ces discours haineux et ces incitations à la violence soulignent l’urgence d’une intervention étatique pour prévenir de nouvelles atrocités.
En conséquence, le Comité exhorte Ouagadougou à diligenter sans délai des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales sur toutes les violations attribuées aux forces de défense et de sécurité et à leurs auxiliaires. Il insiste sur la nécessité de poursuivre, juger et sanctionner de manière adéquate les responsables. Au-delà de la répression, le Comité met l’accent sur l’importance de mesures légales et préventives pour éradiquer toute discrimination ethnique ou raciale. Il recommande au gouvernement burkinabè d’intégrer explicitement dans sa législation l’interdiction du profilage racial ou ethnique, avec une définition conforme aux standards internationaux. Le Comité souligne également l’importance de directives opérationnelles claires et contraignantes pour la police et les forces de l’ordre, afin d’éviter tout profilage lors des contrôles d’identité, des interventions de maintien de l’ordre ou des opérations militaires et sécuritaires, garantissant ainsi la protection des voix sahéliennes.
Ouagadougou conteste les allégations
Ces observations et recommandations du Comité interviennent alors que le Burkina Faso continue de se défendre face aux accusations. Le pays affirme que ses opérations de sécurité respectent le droit et ne visent aucune communauté spécifique. La Représentante permanente du Burkina Faso auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, l’Ambassadrice Sabine Bakyono Kanzie, a déclaré que la lutte contre le terrorisme n’est dirigée contre aucune communauté et qu’elle est menée dans le strict respect des lois nationales et des engagements internationaux du Burkina Faso en matière de droits humains.
Elle a par ailleurs réfuté les allégations de profilage ethnique, estimant qu’elles ne reflètent pas la réalité. Selon Ouagadougou, les opérations de sécurité sont conduites sans discrimination et dans le respect des droits humains. La délégation burkinabè a mis en avant l’existence de mécanismes de plainte, de dispositifs de police de proximité et de modules de formation pour les forces de défense et de sécurité, visant à prévenir toute stigmatisation. Elle a également souligné que la diversité culturelle est présente au plus haut niveau de l’État et des forces de défense, attestant la présence de représentants de diverses communautés, y compris les Peuls, au sein de la politique du Burkina Faso et du Sahel.