Burkina Faso : Ibrahim traoré proclame la fin de l’ère démocratique

Ouagadougou – Dans une prise de parole remarquée diffusée le jeudi 2 avril sur les ondes de la Radiotélévision du Burkina (RTB), le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte militaire au pouvoir, a invité sans équivoque le peuple burkinabè à tourner la page de la démocratie. Face à un parterre de journalistes, incluant des représentants de la télévision publique italienne Rai et de la chaîne britannique Sky News, il a affirmé avec force : « La démocratie, ce n’est pas pour nous. »

La voie électorale définitivement écartée

Le jeune officier, qui a pris les rênes du pays à la suite d’un coup d’État en septembre 2022, a clairement mis un terme à toute perspective d’élections à court ou moyen terme. Ses propos ne laissent aucune place au doute : « Nous ne parlons même pas d’élections pour l’instant. Il est impératif que les citoyens oublient la question de la démocratie. »

Cette déclaration intervient quelques jours après l’adoption, fin mars 2026, d’une nouvelle Charte de la Révolution. Ce document confère à la junte la légitimité de se maintenir au pouvoir pour une période additionnelle de cinq ans, à compter de juillet 2024, et autorise explicitement Ibrahim Traoré à se présenter aux futurs scrutins présidentiels, législatifs et municipaux.

Le démantèlement des institutions démocratiques

La période de transition initialement promise après le premier coup d’État de janvier 2022, censée s’achever en juillet 2024, semble désormais reléguée aux oubliettes. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a été dissoute en octobre 2025, et l’interdiction pure et simple des partis politiques a été prononcée en février 2026, marquant la fin de l’illusion démocratique.

Un régime qui revendique son autoritarisme

« Nous n’évoluons pas dans un cadre démocratique », avait déjà prévenu le capitaine Traoré l’année précédente. Lors de cette intervention jeudi soir, il a réitéré cette position avec une assurance manifeste, érigeant la « Révolution » au-dessus de toute considération démocratique. Au terme de plus de deux heures d’entretien, le chef de la junte a ainsi entériné une réalité que de nombreux observateurs pressentaient : le Burkina Faso a opéré une transition d’un régime militaire provisoire vers une dictature assumée.

Le sort du prédécesseur et les accusations de violations

Ibrahim Traoré a également abordé le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, récemment extradé du Togo. Accusé de corruption et de tentatives de putsch, Damiba est désormais « sous la juridiction de la justice », a indiqué le chef de la junte.

Alors que le Burkina Faso est en proie depuis près d’une décennie à une spirale de violences jihadistes, ayant entraîné des milliers de décès et des centaines de milliers de déplacements, le capitaine Traoré a fermement rejeté les allégations documentées par plusieurs organisations non gouvernementales internationales. Ces dernières dénoncent des exactions commises par l’armée burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à l’encontre de populations civiles. Traoré s’est contenté d’affirmer qu’« il n’existe pas de preuves » corroborant ces accusations.

Alliances extérieures et répression de la presse

Sur le plan international, Traoré a confirmé le renforcement de son alliance avec la Russie, qui fournit des équipements militaires au pays, tout en niant la présence d’instructeurs étrangers sur le terrain. Parallèlement, depuis son accession au pouvoir, le régime a intensifié la répression de la liberté de la presse, marquée par la suspension ou l’interdiction de diffusion de nombreux médias internationaux et l’expulsion de journalistes.

En enjoignant ouvertement à sa population d’abandonner l’idée de démocratie, Ibrahim Traoré lève le voile sur ses intentions. Il assume désormais sans complexe l’instauration d’un régime militaire pérenne, où les droits politiques et les libertés fondamentales sont sacrifiés au nom d’une « révolution » dont les résultats peinent à convaincre, tant sur le plan sécuritaire qu’économique. Le Burkina Faso, jadis perçu comme un espoir démocratique dans la région, s’enfonce chaque jour davantage dans l’autoritarisme.