Blocus à Bamako : amnesty international dénonce les entraves à la libre circulation
blocus à Bamako : Amnesty International dénonce les entraves à la libre circulation

L’ONG Amnesty International a tiré la sonnette d’alarme ce vendredi concernant la situation alarmante à Bamako. Les civils subissent un blocus imposé par les groupes jihadistes du Jnim, qui restreignent depuis le 30 avril les axes routiers menant à la capitale malienne. Cette mesure aggrave une crise déjà fragile, alors que le Mali, pays enclavé, dépend à plus de 90 % de ses importations par la route.
« Le blocus actuel de Bamako a des conséquences inacceptables sur la liberté de circulation des civils. Il menace gravement leur sécurité alimentaire, leur accès aux soins et même leur droit fondamental à la vie », a déclaré l’organisation dans un communiqué officiel.
L’ONG a également dénoncé une attaque récente, le 6 mai, contre un convoi de camions civils transportant des denrées alimentaires entre Bamako et Bougouni, dans le sud du pays. « Ces véhicules, non escortés par l’armée et ne transportant ni armes ni personnel militaire, constituent des cibles illégitimes selon le droit international humanitaire », a précisé Amnesty International.

L’armée malienne intensifie ses frappes sur Kidal
Parallèlement, l’armée malienne a annoncé une intensification de ses frappes aériennes sur Kidal, ville du nord du pays contrôlée depuis fin avril par les rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA) et leurs alliés du Jnim. Les autorités militaires ont confirmé avoir mené plusieurs raids sur la zone, tandis que les séparatistes touareg revendiquent la capture de 200 soldats maliens lors des combats du 25 avril.
Une habitante de Kidal a témoigné sous couvert d’anonymat, décrivant des coupures d’électricité et des difficultés de communication avec le reste du pays. « La situation est confuse, on ne sait plus qui croire entre les communiqués officiels et les rumeurs qui circulent », confie-t-elle.
À Gao, une autre habitante évoque un climat de méfiance généralisé, malgré le contrôle des autorités maliennes sur la ville. « Les prix des denrées ont explosé : le kilogramme d’oignon coûte désormais deux fois plus cher qu’avant », explique-t-elle, soulignant l’impact direct du blocus sur le pouvoir d’achat des Maliens.
Selon Hervé Lankoandé Wendyam, analyste spécialiste des dynamiques politiques et sécuritaires en Afrique de l’Ouest, « le Jnim cherche à étendre son emprise en ciblant les villes, tandis que la crise au centre du Mali reflète une stratégie plus large de déstabilisation ». Il met en garde contre l’escalade des violences et l’aggravation de la crise humanitaire.
Le centre du Mali sous emprise jihadiste
Une source locale confirme que plusieurs zones du centre du Mali sont désormais sous le contrôle des groupes armés. La rive gauche du fleuve Niger, dans la région de Ségou, et une partie de la région de Koulikoro seraient notamment concernées, avec une administration étatique quasi absente. Les jihadistes y prélèvent la zakat, un impôt forcé, et ferment systématiquement les écoles. Fin janvier, un rapport faisait état de plus de 2 300 établissements scolaires fermés dans le pays, principalement dans le nord et le centre.
Pour Abdoulaye Sounaye, chercheur au Leibniz-Zentrum Moderner Orient à Berlin, « les forces en présence sont en phase de réorganisation et de réarmement. Les civils, eux, subissent les exactions des deux côtés ». Il estime que seule une solution politique, incluant un dialogue national, permettrait de sortir de l’impasse.
Ahmed Ould Abdallah, du centre 4S, renchérit : « Le gouvernement malien doit impérativement ouvrir un dialogue avec toutes les composantes du pays pour résoudre cette crise politique. Le refus de négociation ne fait qu’alimenter le conflit ». Il prédit que « tôt ou tard, les parties devront s’asseoir à la table des négociations ».
Officiellement, le pouvoir malien refuse toute discussion avec le FLA et le Jnim, qu’il qualifie de groupes terroristes. Pourtant, des sources indiquent que des négociations secrètes ont déjà eu lieu entre militaires maliens et jihadistes pour faciliter l’approvisionnement en carburant.