Biashara Afrika : quand l’aéroport de Lomé révèle les failles de l’intégration africaine

À Lomé, le troisième forum Biashara Afrika 2026 a transformé une simple cérémonie d’ouverture en une démonstration brutale des obstacles qui entravent encore l’unité économique du continent.

Chaque année, l’Afrique célèbre ses ambitions d’intégration avec des discours enflammés sur la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et son marché unique censé regrouper 1,4 milliard de consommateurs. Pourtant, c’est souvent sur le tarmac des aéroports que ces promesses se heurtent à la réalité administrative.

 

Des passeports africains refusés : l’absurdité des frontières internes

L’événement a offert un spectacle inattendu. Alors que le ministre nigérian de l’Industrie et du Commerce, Dr Jumoke Oduwole, s’apprêtait à louer les vertus du commerce intra-africain, elle a choisi de partager une anecdote révélatrice. Deux investisseurs, l’un Nigérian et l’autre Ghanéen, fraîchement arrivés de voyage en Europe, se sont vu refuser l’entrée au Togo avec leurs passeports africains, pourtant valides dans l’espace CEDEAO.

Leur seul recours ? Présenter un passeport européen pour obtenir un visa d’urgence de 24 heures. Une situation que le Dr Oduwole a qualifiée de « démoralisante pour l’investissement », soulignant que jamais un Européen ne subirait une telle humiliation au sein même de l’Union européenne.

Le message est clair : au Togo, comme ailleurs sur le continent, la libre circulation reste un vœu pieux. Les citoyens ordinaires, habitués à ces tracasseries, n’ont même plus la force de s’en offusquer. Mais quand des investisseurs potentiels fuient à cause de ces pratiques, les conséquences économiques deviennent visibles.

 

La bureaucratie, pire ennemie de l’intégration régionale

Se revendiquant hub logistique et financier en Afrique de l’Ouest, le Togo vient de payer le prix fort de son manque de cohérence. Les visas imposés aux voisins africains envoient un signal désastreux aux investisseurs internationaux. Pire encore : un Africain est mieux traité s’il possède un passeport européen. Une aberration qui ridiculise les discours sur la ZLECAf et son ambition de créer un espace économique unifié.

L’incident de Lomé illustre un paradoxe criant : les pays africains signent des accords d’intégration tout en maintenant des barrières administratives dignes du siècle dernier. Résultat ? Une méfiance grandissante des acteurs économiques, convaincus que les promesses d’unification ne sont que des mots en l’air.

 

Faure Gnassingbé lance un ultimatum sans précédent

Face à l’humiliation publique subie lors de l’ouverture du forum, le président togolais a choisi la fermeté. Sans passer par les canaux diplomatiques habituels, il a directement sommé son ministre de la Sécurité de régler cette anomalie en 48 heures.
« Je veux que cette situation soit résolue avant la clôture de Biashara Afrika », a-t-il déclaré, envoyant un message sans équivoque à ses services.

Cet ultimatum reflète l’urgence de la situation. Pour un pays qui mise sur son image de plateforme économique régionale, chaque minute compte. Les observateurs présents ont salué cette réaction immédiate, rare dans un continent où les réformes s’étalent souvent sur des années.

 

ZLECAf : une intégration en panne faute de libre circulation

L’incident de Lomé a servi de catalyseur à une prise de conscience collective. Un économiste ivoirien présent sur place l’a résumé sans détour : « Sans libre circulation des personnes, la ZLECAf n’est qu’une coquille vide ». Un entrepreneur ghanéen a renchéri : « Si nous devons brandir un passeport européen pour investir en Afrique, alors l’intégration n’est qu’un slogan ».

Pourtant, les chiffres de la ZLECAf sont impressionnants : un marché de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB cumulé de 3 400 milliards de dollars. Mais ces atouts restent neutralisés par des pratiques administratives rétrogrades. Les solutions ? Harmoniser les règles de visas, digitaliser les procédures frontalières et, surtout, aligner enfin les actes sur les discours.

Car comme l’a montré l’aéroport de Lomé, un simple tampon mal apposé peut coûter des millions en opportunités perdues.