Autochtonie et allochtonie : une discussion sans fondement au Cameroun
Politique

Autochtonie et allochtonie : des concepts sans fondement juridique au Cameroun

Pour Oscar Njiki, la Constitution camerounaise consacre l’égalité de tous les citoyens, sans distinction d’origine. L’autochtonie relève de l’identité culturelle, pas d’un avantage légal.

Armand Djaleu
||3 min de lecture
Suivez Actu Cameroun sur Google
Commenter

Pour Oscar Njiki, la Constitution camerounaise garantit l’égalité de tous les citoyens, sans distinction d’origine. L’autochtonie relève de l’identité culturelle, non d’un privilège légal.

 

1. La citoyenneté camerounaise confère-t-elle l’autochtonie ?

Non. L’autochtonie ne s’acquiert pas par la simple citoyenneté. Elle repose sur une mémoire collective, une filiation et une histoire partagée. Posséder des terres ou s’y installer ne transforme pas un citoyen en autochtone. Les peuples autochtones entretiennent un lien spirituel avec leurs terres, qui constituent le fondement de leur identité. Leurs droits coutumiers, par ailleurs, ne se transmettent pas par transaction : ils s’éteignent dès qu’un terrain est cédé.

L’autochtonie ne se décrète pas : elle s’hérite.

2. L’autochtonie est-elle une condition pour se sentir chez soi au Cameroun ?

Non. La citoyenneté suffit pour être chez soi partout au Cameroun. Un Camerounais a légitimement sa place à Yaoundé, à Bangangté ou à Maroua, indépendamment de ses origines. La loi ne subordonne pas le droit de cité à l’autochtonie.

Chaque Camerounais est chez lui sur l’ensemble du territoire national.

3. Un autochtone est-il toujours chez lui dans son propre village ?

Non. Même dans son village, un autochtone ne peut prétendre à une emprise absolue sur l’espace. La propriété privée s’applique à tous : un allochtone propriétaire est chez lui dans le village de l’autochtone, car la possession fonde un droit reconnu par la loi. L’autochtonie ne justifie ni la spoliation ni l’occupation illégale des biens d’autrui.

L’autochtonie ne confère aucun droit de propriété illimité.

4. Les autochtones ont-ils plus de droits que les allochtones dans leur région ?

Non. La loi est identique pour tous. La Constitution camerounaise consacre l’égalité des citoyens, sans distinction d’origine. L’autochtonie est une réalité culturelle, non un avantage juridique.

Autochtones et allochtones sont égaux devant la loi.

5. Existe-t-il des exceptions où l’autochtonie est requise ?

Oui, mais de manière très limitée. La loi réserve certaines fonctions, comme celle de maire ou de président de Conseil régional, aux autochtones. En revanche, pour la majorité des postes électifs (députés, conseillers, maires dans certains cas), aucune condition d’autochtonie n’est exigée.

Seules deux fonctions locales exigent l’autochtonie, toutes les autres sont accessibles à tout citoyen.

En conclusion, le débat sur l’autochtonie et l’allochtonie au Cameroun est une diversion. Il fragmente la société et détourne l’attention des enjeux essentiels : la construction d’un avenir commun. Ce qui compte n’est pas l’origine de chacun, mais la convergence des destins. L’autochtonie et l’allochtonie doivent être perçues comme des richesses culturelles, intégrées dans une République unie et indivisible.

Il est temps de tourner nos regards vers l’avenir et de cesser de nous considérer comme des entités rivales au sein d’un même pays. Le Cameroun ne se construira pas dans la division, mais dans l’unité, la solidarité et la conscience d’un destin partagé.

OSCAR NJIKI

 

autochtonie

Soyez le premier à commenter cet article

Commentaires

Chargement des commentaires…