AES : quand l’alliance russe alourdit le prix de la sécurité au Sahel
L’Alliance des États du Sahel (AES) mise sur un partenariat exclusif avec la Russie pour garantir sa sécurité. Pourtant, trois ans après cette réorientation stratégique, les résultats peinent à se matérialiser. Entre promesses non tenues et réalités brutales, les populations paient le prix fort d’une guerre qui s’éternise.
La souveraineté par les armes : un pari risqué
Les juntes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont rompu avec leurs anciens partenaires occidentaux en misant sur Moscou. Leur objectif était clair : regagner une autonomie sécuritaire rapide. Mais l’arsenal déployé – drones, armes modernes, formations militaires – n’a pas mis fin à l’escalade des violences.
Les attaques contre les forces armées et les civils se multiplient. Des postes militaires tombent aux mains de groupes armés, des villages entiers sont abandonnés à leur sort. Selon les dernières données disponibles, le bilan humain de 2025 dépasse les 10 000 morts dans les trois pays, confirmant le Sahel comme l’une des zones les plus meurtrières au monde.
L’humanitaire au bord de l’effondrement
Derrière les chiffres des combats se cache une crise humanitaire dévastatrice. Plus de cinq millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer, fuyant l’insécurité ou les exactions. Les camps de déplacés, souvent saturés, deviennent des symboles de l’échec collectif à protéger les populations.
Les infrastructures essentielles s’effritent : des milliers d’écoles restent fermées, privant des milliers d’enfants de leur droit à l’éducation. Les centres de santé, déjà fragiles, peinent à accueillir les blessés. Chaque offensive des groupes armés aggrave la situation, transformant des régions entières en déserts médicaux et éducatifs.
Un fardeau économique insoutenable
La guerre coûte cher. Très cher. Les budgets militaires grignotent une part croissante des ressources nationales, au détriment des secteurs sociaux. Les États consacrent désormais des fortunes à l’achat d’armements, tandis que les besoins en infrastructures, en agriculture ou en santé restent largement ignorés.
Cette priorisation des dépenses sécuritaires crée un cercle vicieux : plus la guerre dure, plus les gouvernements dépendent de leur partenaire russe pour maintenir l’ordre. Une dépendance qui interroge : peut-on encore parler de souveraineté quand la survie des régimes repose sur une aide extérieure croissante ?
Moscou, gagnant géopolitique malgré les échecs militaires
Malgré l’absence de résultats tangibles sur le terrain, la Russie tire profit de cette alliance. Chaque nouvel accord militaire renforce son ancrage au Sahel, une région stratégique riche en ressources naturelles comme l’uranium ou l’or. Son influence s’étend désormais au-delà du domaine militaire : diplomatie, économie, médias… Moscou tisse sa toile dans une zone où son rôle est devenu incontournable.
Les juntes, prises au piège d’une stratégie qui ne produit pas les effets escomptés, se retrouvent dans une position de faiblesse. Chaque demande d’assistance supplémentaire conforte la position de Moscou, qui devient l’interlocuteur obligé pour toute solution sécuritaire. Un paradoxe saisissant : plus la situation se dégrade, plus la dépendance envers la Russie s’accentue.
La vraie question : pour qui cette alliance fonctionne-t-elle ?
Au Sahel, les populations subissent les conséquences d’un conflit qui n’en finit pas. Les civils paient le prix le plus lourd : vies brisées, familles dispersées, économies locales anéanties. Pendant ce temps, les régimes militaires, malgré leurs discours sur la souveraineté retrouvée, voient leur marge de manœuvre se réduire à mesure que Moscou consolide son emprise.
L’alliance avec la Russie n’a pas apporté la stabilité promise. Elle a en revanche creusé un fossé entre les promesses politiques et la réalité vécue par des millions de Sahéliens. Alors que les cimetières s’agrandissent et que les villages se vident, une évidence s’impose : cette stratégie, si elle sert les intérêts de Moscou, ne répond pas aux besoins urgents des populations.