Abidjan mise sur ses minéraux critiques pour booster son économie

Abidjan, capitale africaine des minéraux critiques, trace la voie du développement

Lors d’une rencontre ministérielle d’envergure à Abidjan, les pays africains producteurs de minéraux critiques et leurs partenaires internationaux ont acté une volonté commune : faire de ces ressources stratégiques le moteur d’une croissance économique, industrielle et sociale durable. L’accent a été mis sur la création de valeur locale, le renforcement des infrastructures et l’émergence de chaînes de valeur régionales pour répondre à une demande mondiale en pleine expansion.

Vendredi 10 juillet, des ministres africains spécialisés dans les Mines, l’Énergie, l’Industrie et l’Économie verte se sont réunis à Abidjan aux côtés de représentants de la Commission de l’Union africaine, du secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, ainsi que de banques et d’investisseurs internationaux. L’objectif ? Redéfinir la place de l’Afrique dans l’économie mondiale des ressources stratégiques.

Un nouveau pacte minier pour l’Afrique

Cette conférence ministérielle a marqué un tournant dans la gestion des ressources naturelles africaines. Les participants ont souligné la nécessité de transformer ces richesses en opportunités concrètes pour les populations locales, en privilégiant une approche intégrée et durable.

Sidi Ould Tah : « un changement de paradigme est urgent »

À l’ouverture des travaux, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a appelé à une refonte radicale des modèles d’exploitation minière sur le continent. « Cette conférence vise à établir un nouveau partenariat pour l’Afrique, afin qu’elle puisse mieux gérer ses ressources et en tirer profit directement », a-t-il déclaré. Il a insisté sur l’importance de développer des industries locales pour maximiser la valeur ajoutée des minéraux critiques.

Parmi ses propositions, il a souligné la nécessité de reconsidérer le rôle des institutions financières africaines. « L’Afrique dispose de plus de 100 institutions de financement du développement, mais leur impact reste limité, représentant seulement 1 % du bilan mondial des IFD. Il est temps de les consolider et de les recapitaliser pour soutenir une industrialisation durable », a-t-il expliqué.

Côte d’Ivoire : un potentiel minier sous-exploité

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a mis en lumière le rôle clé de la Côte d’Ivoire dans cette dynamique. « Ces ressources doivent se transformer en richesses durables et en prospérité partagée. Aucun pays ne peut réussir seul : une collaboration régionale est indispensable pour créer des chaînes de valeur intégrées », a-t-il affirmé.

Il a révélé que près des trois quarts du territoire ivoirien recèlent des minéraux critiques, offrant un potentiel colossal pour l’économie nationale. Cette richesse est au cœur de la stratégie du président Alassane Ouattara, qui vise à faire de la Côte d’Ivoire une nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030.

Pour y parvenir, Abidjan a lancé un ambitieux programme minier et énergétique couvrant la période 2026-2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA, dont 88 % seront financés par le secteur privé.

Un trésor de 29 500 milliards de dollars à valoriser

L’Afrique détient environ 30 % des réserves mondiales des minéraux les plus stratégiques pour la transition énergétique, tels que le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, le cuivre, le manganèse et le nickel. La valeur totale de ces ressources est estimée à près de 29 500 milliards de dollars, soit plus de huit fois le PIB annuel du continent et près de 20 % des ressources mondiales. Pourtant, 8 600 milliards de dollars de réserves restent inexploitées.

La demande mondiale devrait connaître une croissance sans précédent d’ici 2040. Les besoins en métaux du groupe du platine pourraient augmenter de plus de 1 000 %, ceux du lithium de 842 % et ceux du cuivre de 88 % par rapport à 2023. Cette explosion des besoins ouvre une fenêtre d’opportunité historique pour l’Afrique.

Une industrialisation africaine pour capter la valeur ajoutée

Face à cette dynamique, les dirigeants africains réunis à Abidjan ont réaffirmé leur volonté de rompre avec le modèle traditionnel d’exportation brute des matières premières. Leur objectif ? Faire des minéraux critiques un levier d’industrialisation, de création d’emplois et de développement durable pour le continent.

La transition énergétique mondiale, portée par les véhicules électriques et les batteries, pourrait faire passer la valeur de la chaîne de valeur associée de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards de dollars en 2050. L’Afrique, riche en ressources stratégiques, est en première ligne pour saisir cette opportunité.