Économie, Politique

63 % des milliards injectés au Burkina Faso s’évaporent : l’état des lieux choc d’un système en faillite

Un tournant stratégique manqué : seulement 37 % des projets publics se concrétisent au Burkina Faso

Le Burkina Faso clame régulièrement ses ambitions avec des budgets d’investissement toujours plus ambitieux, mais sur le terrain, la réalité est implacable. Selon les dernières évaluations officielles, seuls 37 % des projets d’infrastructures prévus par l’État voient effectivement le jour. Un chiffre accablant qui révèle un dysfonctionnement systémique : près des deux tiers des milliards engagés disparaissent avant même d’avoir pu améliorer le quotidien des Burkinabè. L’argent afflue dans les caisses de l’État, mais il se volatilise avant d’atteindre les écoles, les routes ou les réseaux d’eau potable promis aux populations.

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Ce constat, loin d’être anecdotique, remet en cause toute la crédibilité des politiques publiques en matière de développement. Comment expliquer que des milliards de francs CFA, votés à l’Assemblée nationale et censés transformer le paysage social et économique, finissent dans un trou noir administratif ? L’heure est venue d’identifier les causes profondes de cet échec cuisant.

L’évaporation des fonds publics : quatre mécanismes qui sabotent les investissements

Contrairement aux idées reçues, la disparition des 63 % manquants ne résulte pas d’un simple manque de fonds. Elle est le résultat d’un enchaînement pervers de dysfonctionnements structurels, où se mêlent négligences techniques, lourdeurs bureaucratiques et lacunes dans le suivi. Voici les quatre gouffres qui engloutissent les investissements avant qu’ils ne produisent le moindre impact.

1. Des études de faisabilité bâclées : la recette idéale pour des chantiers au point mort

Beaucoup de projets sont inscrits au budget national sans avoir fait l’objet d’études de faisabilité rigoureuses. Les coûts sont sous-évalués, les sites choisis inadaptés, et les priorités mal définies. Résultat : dès le premier coup de pioche, les imprévus techniques surgissent, les budgets explosent, et les entreprises engagées, submergées par des surcoûts, abandonnent la partie. Les premiers décaissements sont alors engloutis sans avoir produit quoi que ce soit.

2. L’asphyxie des entreprises locales : entre impayés et lenteurs administratives, les BTP suffoquent

Le parcours des marchés publics ressemble à un véritable parcours du combattant pour les entreprises burkinabè. Entre les lenteurs administratives pour l’attribution des contrats et les retards de paiement récurrents de l’État, les sociétés de BTP, souvent sous-capitalisées, se retrouvent asphyxiées. Beaucoup abandonnent les chantiers en cours de route, laissant des infrastructures inachevées comme témoignage de cet échec collectif.

3. Des infrastructures livrées à l’abandon : la maintenance, parent pauvre des investissements

Même lorsque les projets parviennent miraculeusement à être menés à terme, trop souvent, ils sont livrés sans mécanisme de maintenance. Les routes neuves se dégradent dès les premières pluies, les installations électriques tombent en panne, et les équipements scolaires restent inutilisables. Ainsi, une partie considérable du capital public s’effrite prématurément, réduisant à néant l’investissement initial et privant les citoyens des services promis.

4. Un cadre légal moderne mais une application illusoire : le décalage entre la règle et la réalité

Le Burkina Faso a fait des efforts louables pour moderniser son cadre institutionnel et rassurer ses partenaires financiers. Pourtant, sur le terrain, l’application des règles de transparence, de gestion et de suivi des résultats reste largement cosmétique. Les procédures, bien que théoriquement efficaces, sont contournées ou appliquées de manière superficielle, ce qui aggrave encore les problèmes de traçabilité et d’efficacité.

Les Partenariats Public-Privé (PPP) : une solution risquée sans réforme préalable

Face à cet échec patent, certaines voix prônent un recours accru aux Partenariats Public-Privé (PPP) pour attirer des capitaux privés et relancer les investissements. L’idée peut sembler séduisante, mais elle comporte des pièges majeurs. Confier des projets au secteur privé sans corriger les lacunes structurelles actuelles expose le pays à des surcoûts financiers colossaux et à des garanties publiques complexes. Sans renforcement préalable du contrôle et de l’évaluation de l’État, ces partenariats risquent d’alourdir les budgets futurs sans garantie d’un meilleur taux de réalisation.

Réinventer la gouvernance des investissements : la seule issue pour éviter le gaspillage

Avec un taux d’exécution physique bloqué à 37 %, injecter davantage de ressources dans le système actuel équivaut à remplir un tonneau percé. La mesure du succès d’une politique d’investissement ne peut plus se limiter à l’épaisseur de la loi de finances ou au nombre de promesses annoncées. Pour le citoyen burkinabè, la seule évaluation valable reste celle de la réalité des infrastructures livrées, leur durabilité et leur impact concret sur son quotidien.

L’urgence absolue pour le gouvernement est de reconstruire la chaîne de valeur publique. Chaque franc engagé doit enfin se traduire en développement tangible : écoles ouvertes, routes praticables, réseaux d’eau potable accessibles. Avant de chercher à mobiliser de nouvelles ressources, il est impératif de réparer les maillons faibles du système. Sinon, les milliards continueront de s’évaporer, et les promesses de rester lettre morte.

Pour le Burkina Faso, l’heure n’est plus à l’annonce de budgets mirobolants, mais à la preuve tangible de leur efficacité. La transformation du pays passe nécessairement par une gouvernance rigoureuse, où chaque investissement se concrétise, et où chaque citoyen bénéficie des fruits de la dépense publique.

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