60 milliards de F CFA au Niger : la BOAD mise sur l’irrigation et l’électricité malgré les défis

La Banque ouest-africaine de développement a officialisé à Niamey deux prêts totalisant 60,6 milliards de francs CFA, soit près de 105 millions de dollars, pour financer des infrastructures clés au Niger. Signée en présence du Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine et du président de l’institution, Serge Ekue, cette enveloppe se répartit en deux projets majeurs : 30 milliards de F CFA pour moderniser l’irrigation et 30,6 milliards de F CFA pour renforcer le réseau électrique national.

Des investissements stratégiques pour l’autonomie alimentaire et énergétique

Le premier volet, dédié à l’Office national des aménagements hydro-agricoles, vise à acquérir des équipements d’irrigation modernes afin d’étendre les surfaces cultivables le long du fleuve Niger. L’objectif est clair : booster les rendements agricoles et limiter la dépendance aux importations de céréales. Le second volet, attribué à la Société nigérienne d’électricité, permettra d’ajouter 23 mégawatts de capacité de production, un apport essentiel pour réduire les coupures récurrentes et soutenir les activités industrielles locales.

Ces initiatives répondent à des besoins urgents pour la population, mais leur mise en œuvre s’annonce complexe. En effet, l’instabilité sécuritaire dans des zones comme Tillabéri ou Diffa menace la faisabilité des chantiers. La protection des équipes et des équipements pourrait grever une partie des budgets, tandis que les déplacements de populations compliquent la pérennité des infrastructures.

Transparence et corruption : les ombres du projet

Au-delà des défis logistiques, le risque de détournement des fonds plane. Les observateurs soulignent l’opacité des marchés publics nigériens, où les grands contrats (matériel d’irrigation, énergie) sont souvent attribués sans transparence. Le manque de mécanismes de contrôle indépendants et l’étouffement de l’espace civique – où la société civile et les médias sont muselés – ne favorisent pas la redevabilité. Comment garantir que ces milliards de F CFA serviront réellement le développement plutôt qu’à des fins personnelles ou politiques ?

Un pari audacieux face à l’incertitude

La Banque ouest-africaine de développement prend un risque calculé en soutenant ces projets malgré les turbulences politiques et sécuritaires. Si les infrastructures promises répondent à des attentes légitimes, leur succès dépendra de la capacité des autorités à instaurer une gestion rigoureuse et transparente. Sans cela, le doute persistera : ces fonds seront-ils un levier de progrès pour le Niger… ou une nouvelle source de gaspillage ?